Il faut que cela arrive d’abord

Mardi, 34° semaine du Temps Ordinaire

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 21, 5-11)

Il faut que cela arrive d’abord. Sous l’effet d’une morale doloriste qui n’envisage le réconfort qu’après l’effort, mieux encore, après l’épreuve, la formule semble ressortir d’un Dieu un brin sadique, qui n’interviendra pour finir qu’après avoir bien laissé le monde à ses catastrophes généralisées.

Quelle nécessité à ce que cela arrive d’abord ? Dieu ne peut-il épargner l’histoire humaine ? Certes, l’affirmation de Jésus ne vise peut-être qu’une nécessité extérieure à lui, contingente à son dessein divin, simple constat prophétique dont il n’est en rien la source : l’exercice de votre liberté en fera passer le monde par-là, je le sais, je vous l’annonce, je le regrette… Interprétation rassurante, qui lave Dieu de tout soupçon, mais qui ne satisfait pas complètement. On pressent une autre nécessité, ni totalement factuelle ni mécaniquement chronologique. Il faut –mystérieusement– que cela arrive d’abord.

Car si Dieu ne veut pas le mal, il le permet. Entre soupçon de sadisme et insinuation de passivité, il faut donc lui faire confiance. Raïssa Maritain disait que Dieu sait ce qu’il permet.

Peut-être faut-il que tout le mal sorte, qu’il sorte d’abord, comme un mauvais bouton. Que le combat eschatologique aille à son terme, comme un abcès à laisser mûrir. Pas de doute qu’en bon médecin, Dieu assistera le malade jusqu’à rémission. Il lui tiendra la main, ne quittera pas son chevet. Il lui dira surtout qu’après ce d’abord, il y aura un après. Et que cela s’appelle l’espérance.

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