Il pleura sur elle

Jeudi, 33° semaine du Temps Ordinaire (année impaire)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 19, 41-44)

L’Enéide: un homme contemple les plus violentes scènes de la guerre de Troie, soupire quelques mots latins ( sunt lacrimae rerum : les larmes coulent au spectacle du monde), donnant à l’humanité une des expressions les plus saisissantes du tragique humain et de la compassion qu’il peut inspirer. Il s’appelait Enée. Il voyait déjà qu’il y a des larmes jusque dans le cœur des choses, et du monde. Sunt lacrimae rerum. Ce n’était encore qu’un homme. Mais des larmes aux yeux de Dieu ? A deux reprises, Jésus pleure : sur la mort de Lazare, un peu comme sur celle de chacun de nous ; sur la ruine de Jérusalem, comme sur la destruction possible de toute l’humanité.

Quel est donc ce messie qui pleure au spectacle pitoyable d’une ville ? Jérusalem, l’épouse bien aimée, bafouée par toutes nos violences aveugles et livrée à nos folies humaines. Simple moment d’émotion ? Les larmes de Jésus en vérité viennent de plus loin. Elles remontent au cœur du père, à ce non originel que la liberté humaine au premier jour déjà lui opposa.

Mais Dieu ne pleure pas par faiblesse. Les larmes versées à Jérusalem anticipent secrètement l’eau et le sang jaillis du cœur du Christ à la Croix. Elles ne coulent pas pour témoigner d’une déception mais pour révéler une source. Celle d’un amour incommensurable. Non, jamais Dieu ne nous abandonnera à nos exactions, sans quoi sa paternité n’aurait plus de sens. Les larmes du fils en sont le gage. Comme le dit si bien Claudel, en Jésus, « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est pas même venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence ».

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