Il s’attachera à sa femme

Vendredi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année impaire)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 1-12)

La vie conjugale n’a rien de facile, et Dieu le sait bien. Il y avait donc jadis comme un aménagement à notre misère et à nos infidélités. Moïse s’était ainsi fait en son temps le porte-voix d’une miséricorde de Dieu, et Jésus, qui ne veut pas le renier, le rappelle à cette occasion. Que vous a prescrit Moïse ? Et les pharisiens, qui tiennent aux règles, de répondre qu’il est en effet permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. Jésus semble moins accommodant. A lire vite, on pense qu’il durcit la règle, pour se dégager du piège tendu par les pharisiens qui cherchent toujours à le coincer. Mais si Jésus vient parmi nous, ce n’est pas tant pour serrer la vis que pour ouvrir les cœurs. Là-encore, il témoigne de la grande pédagogie de Dieu, et de sa patience au fil des âges. Et les temps changent. Lui inaugure ce temps évangélique où il ne s’agit pas seulement d’être moralement correct avec la femme qu’on répudie, mais à lui donner sa vie. Jésus ne brandit pas alors le risque d’adultère pour durcir la morale et ses exigences, mais pour élever l’amour à un niveau qui table sur notre réelle capacité à la sainteté. A la Samaritaine, à cette femme qui collectionnait les maris, Jésus a-t-il dit qu’elle était adultère ? Jésus d’ailleurs, quand il tente de nous ouvrir à la vérité sur ces questions, n’emploie pas un verbe d’état (la traduction est assez mauvaise !) : il ne dit à personne qu’il est ou devient adultère. Il est bien plus précis : il emploie le verbe grec moikhao qui est un verbe d’action ! Il ou elles commettent un adultère. C’est l’acte qui n’est pas le bon, c’est l’action qui n’est pas bonne ; Jésus en vérité ne condamne personne. Dieu ne nous juge pas, il éclaire nos actes. Et il en appelle d’ailleurs à plus grand que la patriarcat de l’époque, où la femme n’est qu’une possession de l’homme, répudiable à souhait. Dans les temps nouveaux, l’homme sera débouté de son titre de propriétaire, et c’est lui d’abord qui s’attachera à sa femme, pas l’inverse. C’est lui qui doit entrer dans la grandeur du mariage, au point d’y donner sa vie, toute sa vie. Et quand il reprend la question avec ses disciples, il met significativement l’exigence entre les sexes à pied d’égalité. Il y a aussi des femmes qui renvoient leur mari… Un seule chair, c’est en vérité cela qu’il a dans le cœur ! Pas celle de la fusion, mais de la communion, de l’alliance. L’Époux pense-t-il alors à son épouse ? il ne répudiera jamais sa bien-aimée, notre pauvre humanité, l’Église… Il désire tellement que dans nos humbles mariages de la terre, nous mettions nos cœurs profonds au diapason du sien.

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