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32ème dimanche du Temps Ordinaire
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 1-13)
Faut-il être bien étourdi pour prendre une lampe mais pas assez d’huile ! Faut-il être un peu mesquin pour refuser d’en donner un peu à celles qui ont oublié d’en prendre suffisamment et en manquent ! A première vue, l’histoire de ces dix jeunes filles n’a rien de très moral… Mais ce récit de Jésus n’est pas là pour mettre en scène des cigales imprévoyantes et des fourmis peu prêteuses. Ce n’est pas une fable de La Fontaine que Jésus nous conte là. Nous sommes bien dans l’évangile de Matthieu, au cœur du cinquième et dernier enseignement du Christ, qu’on appelle parfois le discours sur la fin des temps. La parabole dite des Vierges folles et de Vierges sages ressemble d’ailleurs à celles qui la précédent, et qu’on a appelées parfois les « Paraboles de crise », celle du cambrioleur et du maître de maison, qui surviennent tous à l’improviste. A travers la mésaventure des cinq vierges étourdies, Jésus, bien sûr, veut nous dire des choses bien plus profondes. Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie morale de la prévoyance, qui est certes une vertu humaine, mais qui peut aussi se changer parfois en tentation. S’agissant de la prévoyance d’ailleurs, avec le passage célèbre où Jésus donne en modèle le lys des champs (et en se souvenant de la manne des pères au désert !), l’Evangile prône plutôt la confiance en Dieu, au jour le jour, et ne craint pas de nuancer très sensiblement cette petite sagesse précautionneuse pour agent d’assurance ou caisse d’épargne. Il s’agit encore moins de légitimer l’attitude frileuse et égoïste des vierges avisées, très contraire à l’esprit de l’évangile, qui refusent de partager leur huile avec les vierges insensées, de peur d’en manquer à leur tour… Une parabole ne peut tout dire, et ne veut pas tout dire. Il ne faut pas la lire « à la lettre » avec transposition automatique, mais la comprendre plus finement à partir de son intention, de sa pointe, et ici, à partir de sa fin. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Par trois fois et par trois paraboles différentes, Jésus curieusement insiste et tient visiblement à réveiller notre vigilance. Il nous appelle ainsi à vivre en état d’attente permanente, en état de désir, dans le désir aiguisé de la rencontre avec le Seigneur. Ce moment -nous n’en connaissons ni le jour ni l’heure-, où il viendra au terme de l’histoire humaine pour lui donner sa fin en apparaissant dans sa gloire. Celui où, pour chacun de nous, au moment de notre mort, il se montrera personnellement pour nous prendre éternellement avec lui. A quoi bon, direz-vous, trois paraboles et une telle insistance sur ce moment-là, et sur l’importance de notre vigilance pour ce moment là ? C’est que Jésus connaît bien notre humanité, et nos misères humaines. Il sait que souvent, dans nos vies, nous avons de grandes visées, mais une mémoire courte. Ainsi, la plupart d’entre nous, présents ce matin à cette célébration, avons déjà rencontré le Christ, et c’est donc entendu, nous l’attendons…Nous l’avons même parfois rencontré de façon intime, sensible, intense, à travers telle personne, telle communauté, telle liturgie ou tel événement de notre vie. Une rencontre inaugurale, forte, décisive, « tout feu tout flamme » si j’ose dire, avec toutes les lumières du Thabor. Mais voilà : avec le temps va tout s’en va….le temps passe, les jours passent, les années passent, et nous nous habituons au fait que cette rencontre définitive, celle de notre mort ou celle de la fin du monde, pour laquelle à certains moments nous avons pu nous sentir si prêts, n’est finalement pas pour tout de suite, ne s’est pas produite…Se produira-t-elle d’ailleurs ? Il arrive même qu’on l’oublie, qu’on vive en zappant un peu la fin ! Nous pouvons alors nous assoupir, nous habituer à notre situation, et en vérité, cesser d’attendre. Cesser de désirer… Cesser de vivre en vérité, en devenant petits rentiers de notre vie au quotidien, confortable parfois, dans lequel sournoisement travaille le terrible démon du « à quoi bon ? » qui guette. Et qu’est-ce en vérité que l’huile des lampes, sinon l’espérance, qui veille secrètement dans notre cœur, qui y entretient le désir, celui là même qui nous fait éprouver le manque, qui ne se rassasie jamais, ne se lasse pas d’attendre et ne se satisfait jamais du seul temps présent, comme si notre vie terrestre ne devait au fond jamais finir ou comme si le monde devait toujours éternellement tourner, comme il tourne. Dans ces paraboles, ce que Jésus a tellement à cœur de nous demander, c’est de ne pas laisser en nous se tarir l’huile du désir, de l’attente, l’huile de l’espérance surtout ! Frères et sœurs, nous vivons dans une société qui sans cesse, par les médias, par la nouveauté permanente des produits qu’elle met sous nos yeux, par le théâtre des événements du monde, excite notre curiosité et mobilise notre attention. Les nouvelles succèdent aux nouvelles, les modes aux modes, les images aux images ; à longueur de journée, on scrolle tandis l’espérance imperceptiblement s’endort dans nos cœurs. Les envies sont permanentes, mais le désir profond s’émousse et avec lui la