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N'est-il pas le charpentier ?

Mercredi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 1-6) N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? C’est que les gens de Nazareth, ils n’avaient rien vu venir ! Elle est touchante, en un sens, cette question qui dit leur désarroi, et bientôt leur grogne. Ce gars-là, ils le connaissent bien ! C’est même un bon gars. Dans le village, on se souvient encore du bon Joseph, son père, à qui on confiait volontiers une charpente à refaire ou une roue à réparer. Sa parentèle, ses frères, ses sœurs, au sens ancien. José, Jude, Simon, on les situe ! Et Marie, tout le monde au village la connaît. Une femme discrète mais si bonne. Elle n’a plus son Joseph, mais Jésus, qui a pris la suite dans l’échoppe familiale, est digne de la même confiance. Mais c’est quoi, toutes ces histoires

Diptyque : la femme hémorroïsse

Mardi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 5, 21-43) Elle traînait ses douze ans de maladie. Tout condamnait cette pauvre femme à ne rien demander. Avantage clair à Jaïre, un homme en vue, qui plus est un chef religieux. Sa petite fille est mourante. La guérison de son enfant lui revient de droit. Elle-même le pense. Pas question de retarder Jésus sur le chemin de leur maison. On ne lui voit aucun entourage de parents ou d’amis. Elle est bien seule, perdue dans la foule avec son mal qui, selon la loi juive, la met en état d’impureté. Si Jésus la touche, comme il en a l’habitude quand il guérit, il contractera une souillure. Alors elle choisit l’audace d’un geste fou et bouleversant. Elle lui subtilise sa force, s’administre elle-même la guérison, à l’insu de tous. A l’insu de Jésus ? Délicatesse émouvante : elle ne touche pas son corps, juste un peu son manteau : pour ne pas le contaminer, et ne surtout pa...

A Jérusalem, il y avait un homme

Lundi, Présentation au Temple Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 22-32) Il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon . Pas une simple phrase d’introduction mais un bel hommage rendu à sa présence. Syméon n’était pas un affairé. Sa grâce : n’avoir d’autre vocation que d’être là. Il était là, rien d’autre ! Faisait-on attention à lui ? On sait peu de lui, sinon qu’il était un homme juste et religieux. Il ne payait sans doute pas de mine, pas d’exploit particulier à son actif, il avait même fini par faire partie du décor, des meubles. Sa vocation était si dérisoire, et inconnue aux yeux des hommes : attendre et d’espérer. De ces gens qui, apparemment, ne servent à pas grand-chose. Mais il était là, bien là, et il n’en bougeait pas depuis des années. Il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon . C’est qu’il avait reçu de l’Esprit-Saint la certitude qu

Le réveiller, ou pas ?

Samedi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 4, 35-41) Les apôtres aux prises avec la tempête déchaînée ont-ils eu raison de réveiller Jésus ? En un sens, non ! C’est exactement ce que Jésus semble leur reprocher, en pointant l’incongruité de leur désarroi, révélateur de leur manque de foi. Pourquoi êtes-vous si craintifs ? La question semble en cacher une autre : pourquoi m’avoir réveillé ? Et la remarque suivante ( N’avez-vous pas encore la foi ? ) laisse penser que, Jésus étant dans la barque, il n’y avait dès lors pas de quoi s’affoler ni réveiller le maître. Une foi absolue suffisait pour faire face aux vagues gigantesques s’abattant sur eux. En vérité, et malgré les apparences, ils ne risquaient rien. Il n’empêche ! Ils ont quand même bien fait de le réveiller, par un autre côté, et la façon dont Jésus apaise aussitôt le vent et la mer pour les rassurer leur donne en un sens raison. Réveiller Jésus d...

Heureux ceux qui dorment !

Vendredi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 4, 26-34) Magnifique parabole que celle du paysan mystique, qui constate que son blé pousse sans se soucier de savoir comment ! Elle n’est pas qu’une invitation à la patience mais une parabole de la foi, dont notre époque manque considérablement. Du coup, manquant de foi, tout le souci du monde pèse lourdement sur notre seul dos, et sur nos âmes. Le découragement grandit, le sommeil du juste se retire. Et pourtant, Jésus le dit clairement, « Qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit ». Pour la croissance du Royaume, levons-nous donc de bon matin. Mais dormons aussi, affranchis de soucis et libres d’insomnies. Dormir ne nuira pas à la germination, au contraire. « Dormir, disait Claudel, c’est-à-dire exercer son être du côté de

Déroutante logique ?

Jeudi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 4, 21-25) La redistribution divine est peu démocratique en apparence ! « Car celui qui a recevra encore ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a ». Notre égalitarisme moderne se rebiffe ! Comment donner plus encore à celui qui a déjà et priver davantage celui qui n’a rien ? Logique déroutante. C’est que pour nous le verbe « avoir » se conjugue de façon trop restrictive. Certains auraient beaucoup, d’autres moins : c’est injuste si on pense aux richesses, ou à des bien divers dont on voudrait qu’ils soient un jour équitablement répartis. Mais si c’est d’une capacité d’amour et de miséricorde qu’il s’agit ? Celui qui a cette capacité, grâce à elle, recevra davantage, car amour et miséricorde grandissent de manière exponentielle. Dieu n’y peut rien, c’est dans leur nature. Et celui qui n’a ni capacité d’amour ni miséricorde se fera enlever même ce q...

Voici que le Semeur sortit pour semer

Mercredi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 4, 1-20) La parabole du semeur est plus qu’une parabole, c’est une leçon d’herméneutique. Avec une sollicitude infatigable, Jésus met les mots de Dieu à hauteur d’homme. Ici apparemment, plus de mystère. Interprétation close : la semence, c’est la parole de Dieu. Le bord du chemin est bien identifié. Pierres et ronces sont démasqués, jusqu’à cette bonne terre, qui livre son secret et montre ici son beau visage. Commentateurs circulez ! L’explication de texte est donc terminée ? Du terrain et de ses différents états, Jésus a dit l’essentiel. Il s’attarde assez peu sur celui qui traverse obliquement la scène, comme une ombre. Il désigne pourtant clairement le démon qui, l’air de rien, s’obstine à

Qui sont mes frères ?

Mardi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 31-35) La famille est un bien très précieux à laquelle l’Église apporte depuis toujours protection et sollicitude. A l’heure où l’individualisme l’emporte, où l’homme s’envisage de plus en plus comme un électron libre et autonome, affranchi de tout héritage, de toute filiation et en vérité de toute vraie relation, elle demeure ce beau creuset de la croissance humaine. Au fil des jours, on y apprend le service, la dépendance, la solidarité. Elle est bien davantage qu’une bonne convenance humaine pour assurer la génération. Elle reflète quelque chose du mystère même de Dieu, qui n’a pas craint de nous donner à appréhender le mystère de la Trinité par la filiation du Père et du fils.

Un péché pour toujours ?

Lundi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 22-30) Parole percutante, mystérieuse : Si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon . Qu’est-ce donc que ce blasphème-là ? Dire du mal de Jésus ? Nous le connaissons étonnamment libre à l’égard de sa propre image. Parfois, il n’a pas même un mot pour défendre sa réputation. De toutes nos accusations et persécutions contre lui, il guette les retournements, les espère. Il scrute leur possibilité au plus intime de notre cœur secret, là où nous-mêmes, nous peinons à entrer. Ce qui compte pour lui est bien plus profond, c’est notre

Il a perdu la tête

Samedi, 2° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 20-21) Il a perdu la tête. Il fait fi des nécessités concrètes les plus ordinaires de la vie. Il ne prend même plus le temps de manger. Il a perdu la tête, la rumeur enfle. Conformément au droit sémitique et au droit romain, la famille de Jésus au sens large, les gens de chez lui viennent pour s’occuper de ce parent dont ils entendent dire qu’il déraille. La parenté de Jésus est à notre image. On préfère toujours éviter le scandale. « Pas de vagues » dirait-on aujourd’hui. Devant celui qui a perdu la tête, il s’agit de garder la tête froide. Mais le froid de la tête risque de gagner le cœur. A force d’ouvrir les yeux, on finit par se boucher les oreilles. Ils viennent donc se saisir de lui. Le mot est presque brutal, sans ménagement. On imagine quelques bons gaillards de Nazareth, des braves gars au fond, qui aiment bien Jésus et ne voudraient pas que...

Cet indéfectible regard d’amour

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Vendredi, 2° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 13-19) Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. Avant de terminer par lui, l’évangéliste égrène scrupuleusement les onze autres noms. Comme pour nous remettre devant la vie et le mystère de ces hommes pour qui désormais rien ne sera plus comme avant, il renomme solennellement les douze apôtres.

Une grande multitude de gens

Jeudi, 2° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 7-12) La Galilée n’est pas seule pourvoyeuse de disciples. De Judée, de Jérusalem, d’Idumée, et Transjordanie, de la région de Tyr et de Sidon, vinrent aussi à lui une multitude de gens qui avaient entendu parler de ce qu’il faisait . Autrement dit, il en vient d’un peu partout ! Arrivage cosmopolite et chamarré, catholique dans son sens fort. C’est qu’ici, l’entre-soi n’est pas de mise. Le bouche à oreille fonctionne à plein, à moins que ce ne soit un cœur à cœur qui répand l’espérance comme une trainée de poudre qui, de loin en loin, rallume le feu de l’amour.

L’endurcissement des cœurs

Mercredi, 2° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 1-6) Personne n’a autant aimé le sabbat que Jésus. Le démenti ne porte pas tant sur le sabbat que sur la manière de le vivre. Dans ses trente années de vie cachée à Nazareth, combien de sabbats a-t-il vécus, avec la ferveur qu’on imagine, très intimement uni au Père. Non, ce n’est pas le sabbat qui est en cause, ni même les Pharisiens comme tels. Plutôt des pharisiens qui, dans une humanité obscurcie qui pourrait être aussi la nôtre, l’ont beaucoup amoindri.

Le Shabbat pour l’homme

Mardi, 2° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 2, 23-28) Pour avoir grandi dans une famille juive, Jésus n’a rien contre le sabbat. A Nazareth, le temps béni du sabbat a rythmé son enfance et imprimé dans sa mémoire humaine le souvenir joyeux des moments sacrés où, au fil des années, Marie préparait le pain et Joseph bénissait la coupe. Les Pharisiens, dans leur intransigeance rigide, auront beau jeu de le faire passer pour un profanateur des choses de Dieu, lui qui est Dieu. Mais Dieu n’est pas toujours ce qu’on en fait…

L’Époux avec eux

Lundi, 2° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 2, 18-22) Évangile de Marc, chapitre 2. Jésus n’a pas chômé ! Il vient d’appeler Lévi, le publicain. Il a libéré un possédé, guéri la belle-mère de Pierre. Un homme est même reparti, son brancard à la main. Tout cela creuse ! Le voilà donc à table, dans sa maison, où il mange avec ses disciples. Quoi de plus normal ? Son humanité, il lui faut bien la restaurer. Mais tout de même : il mange avec les publicains et les pécheurs ! La commensalité, pour lui, ça compte. Mais les malentendus commencent, ou plutôt continuent. Certains, prêts à le suivre, s’offusquent d’un manque de zèle. N’osant le critiquer de front, ils visent les disciples : Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ?

Heureux bureau

Samedi, 2° semaine du Temps Ordinaire (années paires) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 2, 13-17) En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts . Dans une vie, il arrive que Jésus passe, ne fasse même que passer… Mais quel passage ! Certains, du coup, peuvent alors passer à côté ! Celui qui n’était encore que Lévi avait toutes les raisons de manquer le coche ! Il n’était pas dans la foule de ceux qui courent d’emblée pour voir de près ce qui se passe, là où ça se passe. Il ne faisait pas nombre avec la foule curieuse qui grossissait sur les rives du lac pour aller entendre ce jeune rabbi aux paroles étranges. Tandis qu’à quelques centaines de mètres, Jésus commençait à changer l’histoire du monde, lui vaquait simplement à ses occupations ; moins dans l’événementiel que dans l’existentiel, il avait autre chose à faire que de jouer les badauds. Il ne savait pas que Jésus ne s’adresse pas qu’aux foules, mais aux êtres. Il i...

Ils font une ouverture

Vendredi, 2° semaine du Temps Ordinaire (années paires) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 2, 1-12) Sans doute la scène la plus insolite de l’évangile. On voit la situation. Ce jour-là, pas moyen d’approcher de Jésus. Tous les premiers rangs sont pris ! Avec un brancard, vraiment aucune chance, c’était perdu d’avance. De quoi caler devant l’obstacle. On les connaît, ces quatre gars qui brancardent. Pas des grands mystiques ! Sans doute moyennement intéressés par ce que dit ce jeune prophète. Mais le copain est à terre… Des gars simples, concrets, capables de vous sortir une roue de l’ornière, de vous dépanner ou de réparer un outil sur le champ et sans avoir l’air. De ces hommes qui ont le cœur relié directement à la main. Jamais de discours, mais une dextérité manuelle et une inventivité pratique aimantées par l’amour. Des taiseux sans doute, qui comprennent vite là où ça coince. On les imagine échangeant du regard un premier diagnostic, on voit ...

Saisi de compassion

Jeudi, 2° semaine du Temps Ordinaire (années paires) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 40-45) Saisi de compassion. A l’entame de la phrase qui va faire le récit du miracle de la guérison, comme il est touchant, ce beau participe passé et ce complément d’agent sans ambiguïté, qui arriment, belle expression de la miséricorde, la cause effective de l’intervention divine. Bien sûr que le Christ n’est pas qu’un affectif ; bien sûr que la guérison n’arrive pas de façon inopinée, qu’il y a des raisons profondes au miracle, qu’impose la manifestation croissante des signes messianiques. Jésus sait ce qu’il fait, tout est sous contrôle. N’empêche ! Pourquoi cet homme, et à ce moment-là ? Comme si quelque chose avait soudain débordé dans son cœur : touché au vif, remué dans ses entrailles. Comme souvent, Dieu devant nos misères. C’est vrai que le lépreux, tout à sa joie, n’a pas pu tenir sa langue ! Il ne comprend pas la prudence que Jésus lui demande,...

Nuit épuisante

Mercredi, 2° semaine du Temps Ordinaire (années paires) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 29-39) Quelle nuit épuisante pour Jésus ! Voilà qu’il vient à peine de guérir la belle-mère de Simon que le bruit du miracle se répand dans Capharnaüm. On les imagine alors, au seuil de la maison, tous ces hommes et femmes qui lui amènent sans délai leurs infirmes. Il semble en sortir de partout. Bouleversante image de notre humanité : tous ces pauvres, atteints de diverses maladies, de l’âme autant que du corps, tous ces entravés de la liberté que retiennent des esprits mauvais. Tel homme son enfant, telle sœur son frère, telle femme sa voisine. Comme c’est beau de voir les bien-portants venir lui présenter les infirmes ! Il n’a pas le cœur de les renvoyer, et toute la nuit, infatigablement, les arrache à l’emprise du mal. Il prend même des risques. Quand ce n’est pas encore l’heure, il s’expose à être reconnu comme le Messie. Il n’était pas venu à Capharnaüm ...

Et là, il enseignait

Mardi, 2° semaine du Temps Ordinaire (années paires) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 21-28) « Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait » . Chapitre 1 de l’Évangile de Marc : Jésus vient tout juste de se choisir quelques disciples. On est au seuil de sa vie publique, où tant et tant de choses encore l’attendent. C’est qu’en trois années, il le sait, il y aura beaucoup à faire parmi les hommes : les appeler, les convertir, guérir leurs cœurs et leurs corps, les relever, les ressusciter même et finalement, mourir par amour pour eux. Mais la première action dans laquelle il se lance, c’est de les enseigner . Il est touchant cet empressement du Dieu fait homme à se rendre aussitôt à la Synagogue, comme par urgence, moins pour y faire en bon juif ses dévotions que pour venir y rencontrer les hommes et leur parler. Elle est poignante, cette hâte divine qui le fait sans délai « s’engouffrer » dans le créneau du...

Pas à l’œil… mais au cœur : l’autre regard

Lundi, 2° semaine du Temps Ordinaire (années paires) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 14-20) Pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité, des hommes très ordinaires, des pêcheurs du lac de Galilée ont croisé le regard de Dieu. Pesons ces mots : ils ont croisé le regard de Dieu ! Plus encore que des mots, ils ont senti la façon très bouleversante que le Verbe a d’abord de poser son incroyable regard sur nous. Passant le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André… avançant un peu, il vit Jacques et son frère Jean ! Il semble prendre son temps. Au bord du lac de Galilée, oui, ce jour-là, il est arrivé quelque chose de phénoménal ! À hauteur d’homme, des frères humains ont échangé avec Dieu un regard ! Voilà que soudain, ce terrible regard séculaire de Dieu, l’œil inquisiteur et culpabilisateur qui a fait trembler des générations, cet effrayant regard de Dieu que les hommes ont imaginé et tant redouté, censé aller jusque dans les t...

Baptème du Christ

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Baptême du Seigneur (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 3, 13-17) Bethléem est déjà bien loin, et c’en est fini de Noël ! Trente années se sont écoulées, trente années pendant lesquelles la vie ordinaire en Galilée a repris son cours. Trois décennies, c’est quand même long ! Oui, à Nazareth, petite bourgade de Galilée, la vie s’écoulait tranquille, vraiment rien à signaler ! Le jeune Jésus menait sa vie d’homme, ne laissait rien paraître de son secret ; qui se doutait que, comme Marie, lui aussi, il gardait ces choses-là dans son cœur ? Le jeune homme faisait désormais partie du paysage, on avait fini par ne plus faire attention à lui, à sa vie banale et si cachée. (Un peu comme dans nos vies, finalement : Dieu a beau être là, discrètement, on ne s’en rend pas toujours bien compte…) Rien à voir donc avec Jean, son tonitruant cousin, un jeune juif très ardent et proche de la mouvance essénienne qui, lui, s’était ...

Ensemble, ils baptisent

Samedi après l’Épiphanie (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 3, 22-30) Concurrence baptismale ? Jusque-là, Jean dit le Baptiste avait en somme comme l’exclusivité. Mais, s’agissant du baptême, voilà soudain que Jésus de son côté s’y met aussi. De quoi semer la zizanie entre les adeptes de l’un et de l’autre et raviver l’esprit de chapelle ! On sent comme un trouble de part et d’autre du Jourdain ; on imagine bien les récriminations, elles sont si humaines. L’évangile s’en fait discrètement l’écho, on les entendrait presque : il faudrait s’entendre et savoir un peu qui fait quoi ! Mais c’est un fait : l’un et l’autre ont un temps baptisé de concert. Voilà donc que pendant quelques semaines Jean continue lui de baptiser près de Salim, tandis Jésus pour sa part commence à le faire en Judée. Pas une concurrence en vérité, mais un bien touchant

Jésus étendit la main et le toucha

Vendredi après l’Épiphanie (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 5, 12-16) Ni une ni deux. Saisi de compassion, comme dit Marc rapportant le même épisode, Jésus étendit la main et le toucha . C’est beau de voir le geste accompagner la parole. Bien sûr que le Christ n’est pas qu’un affectif ; bien sûr que la guérison n’arrive pas de façon inopinée, qu’il y a des raisons profondes au miracle, qu’impose la manifestation croissante des signes messianiques. Jésus sait ce qu’il fait, tout est sous contrôle. N’empêche ! Pourquoi cet homme, et à ce moment-là ? Le geste en dit long sur l’élan du corps. Comme si quelque chose avait soudain débordé

Je est un autre

Jeudi après l’Épiphanie (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 14-22a) Ce qu’il vient de dire est inouï ! L’étonnement ne va pas durer, nul n’est prophète en son pays. On est si vite repris par la raison ou le bon sens, qui parfois nous brident ! N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? C’est que les gens de Nazareth, ils n’avaient rien vu venir ! Elle est touchante, en un sens, cette question qui suit et dit leur désarroi, et bientôt leur grogne. Ce gars-là, ils le connaissent bien ! C’est même un bon gars. Dans le village, on se souvient encore du bon Joseph, son père, à qui on confiait volontiers un charpente à refaire ou une roue à réparer. Et Jésus, qui avait pris la suite, était digne de la même confiance. Mais c’est quoi, toutes ces histoires ? Voilà qu’il prêche, qu’il guérit, qu’il fait des miracles… N’est-il pas le charpentier ?

Tout seul, à terre

Mercredi après l’Épiphanie (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 45-52) Une partie de la journée, Jésus a parlé à la foule. Il n’a pas fait des discours. Dans ses mots, il a mis sa vie. Le soir venu, il a voulu aussi nourrir ces hommes et femmes venus l’entendre en multipliant le pain. Un pain eucharistique déjà, dont lui seul, dans le secret de son cœur, sait ce qu’il engage. Jésus n’est pas fatigué, mais il a besoin de se retirer sur la montagne. Il a besoin de se soustraire au succès, au risque d’une Royauté prématurée qui n’est pas encore celle de La Croix. Il a surtout besoin de se mettre en prière, de retrouver cette mystérieuse intimité avec le Père dans laquelle il puise les ressources secrètes de sa mission et de l’offrande qu’il veut faire de sa vie. Ils sont discrets mais impressionnants, ces moments où Jésus se retire des affaires humaines, pour cette communion « sur la montagne » qu’on ne voit jamais que de loin. Comme s’il ne no...

Combien de pains avez-vous ?

Mardi après l’Épiphanie (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 34-44) La scène de la multiplication des pain nous est bien connue. On sait l’importance de cet épisode évangélique majeur, qui prépare secrètement l’institution du mystère de l’eucharistie. On est toujours bouleversé de voir comment Jésus, contre la raison humaine et réaliste de ses disciples, n’a pas le cœur, lui, de renvoyer ces foules qui ont faim. On entre dans le bouleversant regard du Christ sur cette « grande foule » sans berger, image de notre humanité, pour laquelle il est alors « saisi de compassion ». Un détail cependant. Au moment où semble s’élaborer avec les apôtres le plan d’urgence pour répondre à la nécessité de nourrir les foules, pourquoi leur demande-t-il d’aller voir précisément combien ils ont de pains ?

Jésus parcourait toute la Galilée

Lundi après l’Épiphanie (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 4, 12-17.23-25) Déjà, pour amorcer le mouvement, le Baptiste les avait en son temps arraché à leurs occupations ordinaires, soustrait à leur vie sans but pour les mettre en file d’attente aux rives lustrales du Jourdain, et les faire s’avancer vers une eau baptismale propre à rafraîchir leur existence en profondeur. Voilà que Jésus prend maintenant le relais. Toute la Galilée est alors visitée. Toute une contrée est comme labourée, réveillée, ensemencée de lumière et de présence. En nombre, des hommes et des femmes se lèvent soudain, se mettent en marche et tournent leur visage vers celui dont ils pressentent qu’il est le chemin, la vérité et la vie. Beau passage d’évangile où l’on voit des cœurs s’ouvrir, des oreilles se tendre, des âmes devenir attentives, et un poignant défilé de misères se former et se présenter à lui dans l’espérance !

Voyant Jésus venir vers lui.

3 janvier Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 1, 29-34) « Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui… ». Au détour d’un verset, une discrète notation, hésitant entre valeur causale et temporelle, à laquelle on n’accorde pas plus d’importance qu’à un décor. Et pourtant ! Ralenti, arrêt sur image, quelques instants de pause dans la suractivité prophétique du Baptiste. Depuis des jours, il n’épargne pas sa peine pour appeler les foules à la conversion, réveiller tout un peuple, le tremper dans les eaux lustrales d’un renouveau spirituel. Car il y a urgence, et ce colosse de Dieu, acéré et radical comme le désert dont il a fait son confident, le crie sans relâche. Oui, Le seigneur vient ! Convertissez-vous car le Messie est proche ! Il le dit au long des chemins, aussi fort qu’il le sait, aussi haut qu’il le croit. Mais ce jour-là, ce fut un peu différent. Jésus n’est plus seulement

À l’endroit où Jean baptisait

2 janvier Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 1, 19-28) Qui es-tu  ? Jean est sommé de répondre. L’interrogation est faite d’attention au mystère mais prend des allures d’un interrogatoire. Qui es-tu ? Jean qui n’a rien à cacher répond par la négative. Ni le Messie, ni Elie, ni le grand Prophète. La question se transforme un peu. Que dis-tu sur toi-même ? Jean ne peut répondre davantage, sinon qu’à citer Isaïe. Comme si la Parole de Dieu avait plus à dire sur qui nous sommes mystérieusement que nous-mêmes pouvons le savoir. Dans le dessein de Dieu, saurons-nous jamais quelle est notre place exacte ? Ce que Jean dit avoir à faire est plus clair : il baptise dans l’eau, pour préparer le chemin de celui qui baptisera dans l’esprit. Comme lui, nous serions sans doute en peine de

L’évangile de l’ordinaire

Sainte Marie, Mère de Dieu Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 16-21) L’extraordinaire de Dieu a si souvent l’art de se dissimuler dans l’ordinaire des jours. Les bergers, ça n’a pas l’air de les avoir déroutés plus que cela… Qu’est-ce que les anges ont-ils bien pu leur dire, à ces braves hommes qui sont appelés à être les premiers témoins d’un événement tout de même incroyable ? Leur a-t-on dit qu’il ne s’agissait rien moins que de la venue du Messie, celui qu’Israël attend depuis des siècles ? Il y avait de quoi rester un peu dubitatif… Sans tambours ni trompettes ! Les anges les ont-ils avertis de l’inouï, et de sa déroutante simplicité ? Luc nous dit qu’ ils se hâtèrent d’aller à Bethléem ! Un peu par curiosité peut-être, pour voir, mais surtout poussés par la joie et l’honneur d’être ainsi conviés au surgissement dans le monde de l’Espéré d’Israël. Ils sont venus ! Et qu’ont-ils vu, là où il y avait si peu à voir ? Un jeune homme, une toute jeune...

Il a habité parmi nous

Mercredi, 7° jour dans l'Octave de Noël (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 1, 1-18) Incipit en quadriphonie ! Tant de façons possibles d’introduire un évangile, toutes plus belles les unes que les autres. Ici une magnifique généalogie, comme chez Matthieu, pour repasser de générations en génération la secrète maturation du temps et, de patriarche en patriarche, scander l’avancée du dessein de Dieu dans l’aventure humaine. Là, chez Marc, un détour inaugural par le désert brûlant où, dans l’urgence, aux rives du Jourdain, un jeune homme trempe tout Israël dans les eaux lustrales d’une conversion préparatrice. Ou encore, chez Luc, à hauteur de vie humaine, en partant de Zacharie et de son Elisabeth, l’infiltration décisive et séminale de la grâce de Dieu dans

La fille de Phanuel

Mardi, 6° jour dans l'Octave de Noël (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 36-40) Quelle fut la vie de cette femme, qui donne à l’espérance et à la fidélité un des plus beaux visages de l’évangile ? On nous la dit fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Des indications apparemment superflues, mais nécessaires à bien l’authentifier, et à la situer dans un lignage. Anne a donc un père et une tribu, c’est que son béguinage mystérieux fait d’elle une héritière. Comme elle le porte magnifiquement, avec grâce et dignité, l’héritage dont elle est dépositaire ! En hébreu, Phanuel signifie « face à Dieu » : son père lui avait-il enseigné la sainte présence ? Dans le livre d’Hénoch, Phanuel est aussi le nom du quatrième archange. Avec lui, avait-elle elle un très ancien et très vivifiant commerce sacré ? Au Temple dont elle avait fait sa demeure, quelle voie intérieure l’assigna à un tel ministère, et à tant de fidélité ? Faisait-elle un peu tache dans...

Présentation au Temple

Lundi, 5° jour dans l'Octave de Noël (Année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 22-35) Un événement que ce récit de la première entrée du Fils unique au Temple, dans la maison de son Père ! Mais sous l’événement, perce déjà un mystère. La scène se lit comme une eucharistie. Dans sa petitesse et sa fragilité humaine, blotti dans les bras de sa mère puis dans ceux de Siméon, Dieu fait homme se donne. Là déjà, il s’offre, comme il s’offrira bientôt, déposé dans le creux de nos mains, sous le signe du pain

L’autre disciple

Samedi, 4° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 20, 2-8) La liturgie n’a pas prévu de nous laisser nous attarder dans les guirlandes… De Noël à la Résurrection : deux jours, un sacré direct ! C’est tout un, en vérité. Si près du sapin : aujourd’hui, la découverte du tombeau vide ! Un épisode plutôt à la gloire des femmes ! De Marie à Madeleine, ce sont elles que Dieu positionne toujours à des moments stratégiques de la révélation. Témoin de l’inouï, c’est Madeleine qui la première, en reçoit la primeur et va se charger, en toute urgence, d’aller partager aux hommes sa découverte. Voilà que Pierre et Jean s’y précipitent à leur tour. On a en tête la belle toile d’Eugène Burnand du Musée d’Orsay. Jean y est certes au second plan, mais à la pointe ardente de leur commune hâte. Grâce de l’impatience, ou vertu de la jeunesse ? Il arrive le premier mais, avec quelle délicatesse, il laisse Pierre entrer d’abord. Jean ? Est-ce bien lui d’a...

Persévérer, jusqu’à la fin

Vendredi, 4° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 17-22) On ne peut pas reprocher à Jésus d’être racoleur et l’embauche des disciples est sans démagogie. Impressionnant, cet inventaire de toutes les misères qui les attend. De quoi décourager les bonnes volontés ! On se souvient de la récrimination pleine d’humour de la grande Thérèse d’Avila : « De la manière que vous traitez vos amis, Seigneur, je comprends que vous n’en ayez pas beaucoup ! » Devant tant de déveines programmées, on peut de fait hésiter un peu : on vous livrera, on vous flagellera, vous serez conduits devant des gouverneurs, on vous mettra à mort et vous serez détestés, même dans vos familles. La prévision est sans ambages, et le programme assez peu vendeur… Que nous est-il en vérité demandé pour ces probables combats à venir ? D’être des héros courageux ? Des surhommes robustes et blindés, de vaillants résistants, costauds et taillés pour la bataille ? La ...

Noël après Noël, l’inattendu

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Jeudi, 4° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 1, 18-25) Au fil des années, et comme pour tout, on finit par s’habituer. De Noël, on a désormais l’usage, et le folklore. Au cœur de l’hiver, on aime sa lumière qui réchauffe. On pense cadeaux, réunion de famille, mets de qualité. On fait la crèche, bien sûr, et on ira peut-être même à la messe de minuit qui, à minuit, ne l’est désormais que très rarement. On a ainsi aménagé la fête, on a apprivoisé l’inouï. Terrible anesthésie de l’habitude ! Un Noël de plus… Douce et belle tradition. On passe un bon Noël ! Et pourtant ! Quand on y pense… Qui est ce Dieu qui un jour a fait effraction dans le monde pour venir sous la forme si inattendue d’un enfant. S’exposer à la fragilité, se confier à la précarité et, pour s’essayer à la vie d’homme, ne pas faire semblant. (Qui désormais peut lui dire : tu ne sais pas ce que c’est !) Il n’y a bien que Dieu pour avoir de ...

Émouvant Zacharie !

Mercredi, 4° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 67-79) Il voulait y croire, sans trop y croire. Sa vieille Elisabeth restait stérile depuis tant d’années. Au Temple, il fut désigné une année pour offrir l’encens à l’intérieur du sanctuaire : instant de proximité avec l’Éternel, propice à l’annonce angélique de la venue d’un fils. Il douta pourtant et fut contraint à l’aphasie. Bienheureuse condamnation en vérité, qui le fit taire un temps pour mieux le faire chanter soudain. Soudain et à jamais.

Quel est ton nom ?

Mardi, 4° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 57-66) Même si aujourd’hui les enfants, chez nous du moins, sont souvent désirés (mais tous ne le sont pas), qui peut vraiment savoir qui a présidé à sa destinée ? Qui sait le mystère de son surgissement particulier dans le grand lignage humain depuis l’origine ? Ne sommes-nous qu’un énigmatique assemblage aléatoire d’atomes, que ne fonderait aucune nécessité, et qui réduirait notre vie à un simple accident. Tout au long de la Bible, Dieu nous souffle au contraire que, dès l’origine, il nous a voulus. Que, dès le sein de notre mère, il nous a connus, et nommés ! Et que d’emblée, en prononçant notre nom, et en l’inscrivant dans les archives célestes, il a secrètement planté notre vie en terre d’amour. Dans la nombreuse famille humaine, personne n’a donc jamais été un numéro anonyme. Oui, nous sommes désirés, de longue date, à un point que nous n’imaginons guère.

Inclinaison divine

Lundi, 4° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 46-56) Le cours de l’histoire soudain fut changé, et le monde n’en savait rien. Qui a mesuré ce qui s’est passé, ce jour-là, sur le perron de la maison d’Elisabeth ? La Visitation ! L’ultime épiphanie qui confirme Marie dans son « fiat ». Comme la vie nouvelle qui pousse en elle, si puissante, monte alors à ses lèvres, irrépressible, le chant du magnificat , pour célébrer l’accomplissement du salut et en dire la merveille. Il monte en elle comme une eau jaillissante, et ses lèvres, comme son cœur, soudain débordent. Il s’est penché sur son humble servante ! C’est la toute première des merveilles, en elle la gratitude prend sa source. Elle libère à sa suite toutes les autres.

Joseph le juste

Dimanche, 4ème semaine de l'Avent (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 1, 18-24) Qui donc était-il, ce bon Joseph ? L’Évangile nous dit que c’était un juste, c'est-à-dire un cœur qui ne voit pas le mal. Voilà un mot que l’on ne comprend plus bien, parce qu’on le relie seulement à la notion moderne de justice et on l’oppose à son contraire, un homme injuste. Un juste dans le monde de Nazareth, c’est au fond un homme ajusté, un saint. Un homme qui a le sens de la juste distance qui sépare l’humanité de la divinité, un homme qui, comme le disait le curé d’Ars, ne veut pas « enjamber sur Dieu ». Telle est, magnifiquement illustré par Joseph, le sens véritable de la » justice chrétienne », qui est plutôt une justesse, un art de répondre juste à ce que Dieu et le prochain attendent de nous. Claudel ajoutait : « c’est pourquoi il est plus difficile d’être un homme juste qu’un surhomme ». Parce que Joseph est le type même de l’homme juste, s...

L’ange entra chez elle

Samedi, 3° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 26-38) Parce qu’il est tout puissant, Dieu est aussi infiniment délicat. Et c’est souvent avec beaucoup de tact qu’il fait effraction dans nos vies, qu’il passe un jour le seuil de nos portes. L’irruption divine peut être fulgurante, elle garde toujours une marque de douceur qui signe l’empreinte d’un Dieu avant tout miséricordieux. Ainsi de l’ambassade des ambassades, celle qui va ouvrir à l’humanité la voie du salut. Rien de bien spectaculaire en vérité. Tant pis pour Hollywood ! Juste un ange, en délégation. Quelques paroles, simples, rassurantes, à hauteur d’humanité, assorties d’une preuve pour authentifier la promesse et soutenir dans le temps la foi spontanée de Marie. Une invitation, décisive en somme, mais qui laisse à la toute jeune fille, surprise, la possibilité d’une question (ou peut-être d’une hâte : comment cela va-t-il se faire !) et la pleine liberté de sa rép...

Quand un ange passe

Vendredi, 3° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 5-25) Sommes-nous assez attentifs ? Si nous savions la sollicitude des anges, ces ambassadeurs infatigables de la miséricorde de Dieu ! Souvent, dans nos vies, un ange passe. Pour Zacharie, l’affaire semblait définitivement perdue. Avec sa femme, ils n’avaient pas d’enfants, car Elisabeth était stérile, et de plus, ils étaient l’un et l’autre avancés en âge . Comment imaginer que, par une grâce mystérieuse, l’Annonciation déborde de la seule maison de Marie et féconde alentour. Zacharie y met forcément des objections, peine à se laisser convaincre. Comme c’est touchant de voir Gabriel faire tout ce qu’il peut, y compris de se présenter aussi par son beau nom d’ange. Avec Zacharie, c’est plus de boulot qu’avec Marie ! Il ne lésine pas sur les détails, lui fournit des informations en abondance, souffle même le prénom du petit ! Rien à faire ! Zacharie plutôt qu’accueillir reste dubit...

Quand Joseph se réveilla

Jeudi, 3° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 1, 18-24) Tous les réveils ne se ressemblent pas, et celui-ci, Joseph a dû s’en souvenir longtemps ! Ce qui lui est arrivé ce jour-là peut nous arriver aussi. On s’endort parfois avec un sacré tracas, et comme Dieu mystérieusement passe dans le creux profond de la nuit, via ses anges, il se peut bien qu’on ne retrouve pas au petit matin les gros soucis exactement comme on les avait laissés la veille. Bénissant ainsi les hommes qui savent dormir , Péguy dans Le porche du mystère de la deuxième vertu a là-dessus des pages inoubliables, dans lesquels on entend Dieu nous exhorter à la confiance en nous suppliant de bien dormir, justement pour s’occuper un peu de nos affaires, quand nous acceptons de les lui abandonner durant la nuit. Au petit matin, pour Joseph, tout est incroyablement clair, même s’il n’y comprend rien. La nuit est passée. Et Dieu travaille la nuit !

Ascendance sainte

Mercredi, 3° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 1, 1-17) Vu sa longueur, certains sont tentés de raccourcir la généalogie du Christ qui ouvre l’évangile de Matthieu. Ce serait se priver d’une magnifique litanie de la fidélité, de ces beaux noms anciens égrenés en chapelet pour dessiner une émouvante continuité humaine. Bel inventaire d’une descendance plus poétique que génétique, longue généalogie qui creuse le temps pour dire que Dieu a de la suite dans les idées, davantage que de s’assurer de la pureté du sang, encore moins de la race. Car, à l’oreille attentive, ce que laisse entendre la belle scansion de ce lignage ininterrompu, ce sont des ruptures. Celle du péché (David et son union avec la femme d’Ourias), celle des étrangères (Ruth) ou des prostituées (Thamar et Rahab) qui paradoxalement relancent et sauvent l’héritage saint ; ou celle encore des grandes souffrances qui infléchissent à jamais l’Histoire, comme l’exil à...

Le premier ou le deuxième ?

Mardi, 3° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 21, 28-32) Ils en sont bien convaincus : c’est le premier, de toute évidence, qui a fait la volonté du Père ! La morale est claire : mieux vaut faire que dire ! Et malheur à ceux qui disent mais qui ne font pas. Mais Jésus curieusement ne valide pas, fait un pas de côté et passe à autre chose. Publicains et prostituées viennent immédiatement brouiller l’évidence et on ne saura jamais vraiment la réponse de Jésus à sa question. Comment entendre son silence ? Apparemment, comme l’expression d’une évidence. Évidemment, c’est le premier ! Silence de confirmation ? Ou aporie, invitation à bien y réfléchir ? La volonté du Père, est-ce si simple ? C’est beau de ronchonner d’abord, de maugréer, de refuser même, et d’y aller ensuite. Avantage apparent à cette psychologie qu’on connaît bien. Mais c’est beau aussi de dire d’emblée « Oui, Seigneur ! », d’avoir cet immédiat sursaut d’amour que n...

Je ne vous dis pas

Lundi, 3° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 21, 23-27) Jésus est juif et fort bon rabbi : il sait raconter des histoires et, comme dans cet échange, répondre à une question par une question ! Avec ces grands prêtres peu commodes qui veulent le coincer à tout prix, il joue fin ! Il joue à « Tel est pris qui croyait prendre » ! Et il gagne assez aisément la partie. C’est émouvant de voir Jésus jouer leur petit jeu, pas tant pour les confondre à leur tour (quoique…) que pour les en libérer. Ils voulaient le coincer, mais, dans leurs arguties et leurart de raisonner à des fins douteuses, c’est eux qui sont en vérité déjà terriblement coincés ! Eux, les grands sachants, comment les libérer ? Il les conduit ainsi à ne plus trop savoir. Heureuse fin de partie ! Il leur apprend à ne plus avoir de réponse. Car pour eux, toute réponse conduit au jugement, bien peu à l’amour. Parce qu’il les déboute un instant de toute certitude, non s...

Mystérieux Elie

Samedi, 2° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 17, 10-13) Elie, le prophète d’Israël le plus cité dans le Nouveau Testament ! On connaît surtout sa fin, signe de sa mystérieuse vocation eschatologique. Une ascension spectaculaire, un impressionnant direct pour le Ciel que cet enlèvement par un char céleste ! Une façon de dire qu’il n’est jamais mort, et qu’on aura toujours à faire avec lui. Le Premier Testament promet sans cesse son retour, avant que le jour de l’éternel arrive . Pas étonnant que dans la Pâque juive, il soit toujours invité : une porte lui est ouverte, un siège vide l’attend. Bien plus que lui-même, il est à jamais le précurseur. Il est donc Jean-Baptiste, et Jésus le donne à croire.

Ces gamins qui jouent de la flûte…

Vendredi, 2° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 16-19) Pourquoi donc aller chercher cette histoire de gamins assis sur des places qui en interpellent d’autres , pour nous réveiller de nos inattentions ? Pour nous arracher au « cause toujours ! », désensabler en nous la disponibilité à bien entendre et à bien comprendre, quelle curieuse comparaison ! Et à qui ressemble cette génération , celle du temps de Jésus, mais aussi la nôtre, puisque la richesse du démonstratif permet de jouer de la double référence ? Plutôt à ces sales gamins, les autres, ceux qui sont interpelés parce qu’ils n’en font jamais qu’à leur tête, bornés et définitivement à côté de la plaque ? Ou, sur la même place, assis à leurs côtés, à ces vivants enfants qui passent leur temps à jouer de la flûte et chanter des lamentations ?

Avoir des oreilles

Jeudi, 2° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 11-15) Reconnaissons-le, l’injonction a des allures de lapalissade : Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! On prête du coup peu attention à cette formule un peu rhétorique qui valorise ce qui précède pour simplement le souligner et conclure. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! Dans la bouche du Christ, la formule ne donne pas congé, elle est un appel. Elle n’est pas une variante du presque désinvolte « A bon entendeur, salut ! », qui se désintéresse finalement de son interlocuteur en le renvoyant à sa seule liberté. C’est Jésus qui parle, avec l’intensité douloureuse de celui qui sait déjà tous les mal-entendus à venir.

Prenez sur vous mon joug

Mercredi, 2° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 28-30) La physique christique peut dérouter : Jésus propose de nous soulager de notre fardeau en prenant son joug. Prenez sur vous mon joug. Échange troublant, quand on sait ce qu’est le sien ! A première vue, quelle que soit la lourdeur de ce que nous portons visiblement ou invisiblement dans nos vies (Dieu sait si, dans certaines existences, la vie pèse), sur la balance, aucun joug humain, si écrasant soit-il, ne contrebalancera jamais le joug divin, qui va jusqu’à la Croix. Dans ces quelques lignes, qui promettent pourtant le repos, Jésus ne dit pas qu’il prendra sur lui notre joug. Il ne fait que nous demander de prendre le sien.

Les brebis perdues

Mardi, 2° semaine de l'Avent Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 18, 12-14) A l’instar de Jésus, le pape François qui n’avait pas sa langue dans sa poche déclara un jour : aujourd’hui, à la différence de la parabole de la brebis perdue, l’Église a une brebis et… il en manque 99 ! C’est vrai que quasiment toutes les brebis sont parties vivre leur vie loin du berger ! De quoi déprimer ? De quoi être tenté aussi ! Car, ajoute-t-il avec lucidité : il est plus facile de rester chez soi avec la brebis unique, de la caresser, de la brosser. Et de conclure, non sans humour : le Seigneur nous veut pasteurs, pas brosseurs !