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Surgir de Galilée

Samedi, 4° semaine de Carême (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 7, 40-53) La question préoccupait les gens. D’où vient le Messie ? Comme si la seule origine géographique de Jésus suffisait à garantir sa messianité. Et ce Jésus, évidemment « de Nazareth », ne remplit pas bien les conditions de la qualification. On en discute ferme. Sa misérable Galilée originelle invalide l’hypothèse messianique. De Nazareth, que peut-il sortir de bon ? Et les plus informés savent bien que la descendance de David est requise, et que Bethléem est une bien meilleure carte à jouer pour l’authentification divine. Qui alors se souvient des vicissitudes de l’Histoire, et d’un recensement d’il y a trois décennies ? Non, rien de bon ne peut sortir de Galilée, et surtout pas des prophètes. La conviction est

La main sur lui

Vendredi, 4° semaine de Carême (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 7, 1-2.10.14.25-30) « On cherchait à l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue . ». Quelle est donc cette heure mystérieuse pas encore venue ? L’arrêter ! Ce n’est pas l’envie qui manque, l’exaspération déjà est à son comble. Car ce jeune Rabbi de Nazareth a des allures d’imposteur. Ce n’est pas la Pâque mais la fête des Tentes, et il y a surchauffe à Jérusalem ! Peut-on laisser la Fête être troublée par les agissements et les dires d’un tel agitateur ? Calendrier risqué ! Prudent, Jésus a d’ailleurs retardé le moment d’aller en Judée mais ses frères le précèdent à Jérusalem. Il les rejoint, et désormais s’expose. Et pourtant… Pour l’heure, mystérieusement, personne ne

L’homme endormi

Saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 1, 16.18-21.24a) Pour laisser Dieu créer, depuis son côté, l'aide féminine dont il aura secours, Adam déjà avait été plongé dans la torpeur : création très mystérieuse de la femme donc, à laquelle Adam n’assiste pas, comme pour en préserver le mystère… Et c’est dans un même sommeil (hupnos) que Joseph à son tour reçoit les paroles de l’Ange. Quand une femme approche, toujours ce mystérieux endormissement de l’homme, si fréquent dans la Bible (Abraham, Booz encore et tant d’autres). Toute une lignée de beaux dormeurs en instance de noces ! A l’évidence ici, évidemment pas une bonne sieste ! Le sommeil y est réparateur, mais de bien plus que la seule fatigue. Dormir n’est pas alors une absence au monde, mais comme un étrange état de conscience modifiée dans lequel va culminer en vérité une réceptivité très profonde. Un accès à ce plus intérieur de nous, où Die...

Exercer le jugement

Mercredi, 4° semaine de Carême (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 5, 17-30) Reconnaissons-le : pour nous introduire plus avant dans le mystère trinitaire et le dessein de Dieu, ce passage n’hésite pas à nous dérouter. Pauvres juifs qui entendent ce morceau d’une telle intensité ! Nous ne sommes guère plus avancés. C’est que Jésus, avec un cœur qui déborde, veut nous dire tant de choses à la fois ! Le Père, le Fils : on ne sait plus bien qui est qui et qui fait quoi ! Une lecture rationnelle, un tantinet exigeant philosophiquement, ne manquerait pas de pointer les contradictions, les incohérences. Laissons donc la lecture « philosophique » et tendons quand même l’oreille. Au nombre des merveilles à bien « capter » dans un tel discours (à côté de celle de la résurrection des morts !), celle-ci, parmi d’autres. Une affirmation décisive, propre à défaire à jamais ce que les hommes de toute époque et de toute culture, rongés par la culpabilité...

Trente-huit ans

Mardi, 4° semaine de Carême (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 5, 1-16) Quelques détails concrets, pour incarner la scène. L’évangéliste nous la situe avec précision. Jérusalem, Porte des Brebis. Fameux endroit, fréquenté depuis longtemps : c’est la piscine de Bethzatha. C’est déjà très émouvant de voir comment Jésus perçoit d’emblée cet homme et sa détresse, et court-circuite tout le protocole des ablutions qui disqualifiait ce pauvre infirme dépourvu d’assistance, jamais à flot quand l’eau bouillonnait. Dis seulement une parole… Devant Dieu, aucun bouillon, aussi ancien et bienfaisant soit-il, ne prévaut ni n’empêche. Mais le plus touchant dans cette page, c’est la mention par l’évangéliste d’un détail dont nous n’avions guère besoin. D’un chiffre, qui n’était pas nécessaire à l’histoire ; il suffisait de dire que cet homme était malade depuis très longtemps. Trente-huit ans ! Pas une année de plus ou de moins. Trente-huit ans ! Quasiment...

Surgir de Galilée

Lundi, 4° semaine de Carême (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 4, 43-54) Seigneur, descends, avant que mon enfant ne meure ! Certains traductions modernisées de l’Évangile veulent donner plus de vie à ces scènes, au risque de banaliser certains termes : Seigneur, viens vite avant que mon enfant meure. Pour une série télé, c’est intéressant : On dramatise un peu, on y voit mieux l’urgence de la demande du fonctionnaire, on entend son angoisse ! Viens vite ! Ça urge, en effet. Mais ce qu’on gagne en pittoresque, on le perd en profondeur. Katabaino : c’est le mot grec que l’évangéliste met dans la bouche du fonctionnaire. Descends ! Pas n’importe quel verbe ! On le trouve plus de 80 fois dans l’évangile. Car dans les évangiles, la « descente » apparemment est au programme. Au baptême de Jésus déjà, l’esprit descendit (katabaino) sur lui. De toutes les montagnes (Thabor, Béatitudes), Dieu descend . Au gré des chemins, Jésus ne cesse de desce...

L’homme juste

Samedi, 3° semaine de Carême (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 18, 9-14) Les pharisiens étaient pour beaucoup des juifs très bien élevés. Trop bien élevés ? Ils croyaient ainsi en l’élévation, peut-être plus qu’en Dieu. Ils pensaient, pas tout à fait à tort, que la Loi nous somme de ne pas en rester dans nos vies aux bassesses humaines, qui contrarient notre désir d’ascension vers le bien. Ils s’exerçaient ainsi à ne pas voler, à ne pas être injustes, ni adultères. Le pire, si l’on ose dire, c’est qu’ils y parvenaient ! Sauf pour quelques hypocrites, l’élévation était souvent au terme de leurs efforts, au rendez-vous de leur ascèse. Et naturellement, leur prière se colore alors d’une belle action de grâce : ils n’oublient pas même de remercier Dieu pour une si belle trajectoire. Mais Dieu, même en carême, n’est pas une

Comme toi-même

Vendredi, 3° semaine de Carême (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 12, 28b- 34) C’étaient des hommes de Dieu, des juifs épris de discussions et de débats, qui voulaient savoir comment répondre avec toujours plus de justesse aux commandements de Dieu. Il est émouvant ce scribe qui s’adresse à Jésus. Pas forcément pour ne le coincer ni le mettre à l’épreuve. Peut-être veut-il avoir aussi la réponse d’un interlocuteur apparemment sérieux, l’avis d’un rabbi qui, de toute évidence, a des choses à dire. Une vraie interrogation qui n’est pas d’abord un test. Au fond, comment récapituler légitimement toute la Loi ? Quel est le commandement le plus important ? Belle question. Nous connaissons bien la réponse de Jésus. Aimer Dieu de tout son être, bien sûr. Accomplir la Loi, pour lui, c’est d’abord la confirmer. Puis le second commandement, envers du premier : aimer son prochain comme soi-même.

Le règne de Dieu est venu jusqu’à vous

Jeudi, 3° semaine de Carême (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 11, 14-23) Guérison miraculeuse d’un muet. Sans doute assez émouvants, ces tout premiers mots d’un homme si longtemps empêché de parler ! Quels furent-ils ? Les premiers d’un homme enfin libéré de sa misère… Les foules furent , on le comprend, dans l’admiration . Mais de l’admiration, certains parmi eux ont perdu la vertu, et sont d’emblée dans la discutaille. C’est à peine s’ils font attention au miracle. Ont-ils seulement vu cet homme, emmuré sans doute depuis des années dans son mal ? Ont-ils compati à sa souffrance, participé à sa joie ? Là n’est pas leur souci. En un sens, ils n’ont pas tort. Ils ne se laissent pas impressionner par le spectaculaire. Ce sont hommes de rectitude, ils ne veulent pas se laisser abuser. Un prodige certes, mais à quel prix ? Ils veulent savoir pour qui roule ce jeune rabbi et d’où lui vient son pouvoir exceptionnel. Leur souci de vérité en...

Accomplir

Mercredi, 3° semaine de Carême (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 17-19) Parlant ici explicitement de la loi juive, des commandements et de tout ce que les Prophètes ont fait entendre de Dieu, Jésus le dit très clairement : « Je ne suis pas venu abolir mais accomplir ». Cette parole de Jésus ferme définitivement la porte à tout marcionisme. Mais peut-être est-elle bien davantage qu’un simple éclairage théologique décisif sur les rapports entre la première et la seconde alliance. Cette parole livre quelque chose de plus profond du cœur de Dieu et de son dessein d’amour sur les hommes. Elle révèle un peu de son mystère, du mouvement même de son être, qui est de toujours venir, et advenir. Oui, Dieu est celui qui vient, celui qui est venu et qui viendra encore. Dieu vient, mais pour quoi ?

Il lui remit sa dette

Mardi, 3° semaine de Carême (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 18, 21-35) Au programme du jour, petite leçon de comptabilité à l’usage du Royaume. C’est que la gestion de la dette n’y est pas exactement la même qu’ici-bas, et Jésus, le temps d’un échange, se fait professeur d’économie (divine). Le serviteur de la parabole nous ressemble, il est assez touchant. On voit bien la scène d’ailleurs. C’est qu’il a eu chaud ! Pour rembourser (mais qui pourra jamais rembourser ce qu’il doit à la vie ?), tout a failli y passer : femmes, enfants et biens. On comprend l’affolement, à l’irruption de l’échéance. Le maître pourtant lui fait miséricorde et lui remet sa dette. Ouf ! Croyant qu’il n’a fait qu’arracher un sursis supplémentaire, le bougre paniqué déclenche alors le compte à rebours. Il ne sait pas ce que signifie en vérité remettre sa dette . Il n’a pas bien compris

La Synagogue de Nazareth

Lundi, 3° semaine de Carême (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 24-30) Hommage à sa vie d’homme ? Au début de sa vie publique, Jésus veut-il donc revenir à Nazareth ? Nazareth, ses rues, ses maisons, ses odeurs, ses cris, il les connaît bien. Ils sont ceux de son enfance. Il les aime, il aurait aimé être compris, là au moins. Il n’en sera rien. Il est venu quand même. C’est qu’il ne se donne jamais à proportion du résultat. A la synagogue, il va lire dans le livre d’Isaïe, et laisser entendre qu’il est le Messie. Peut-il leur dire autre chose, quoi de plus essentiel ? Cette parole de l’Écriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Il va prononcer devant eux, les siens, cette phrase incroyable, violemment blasphématoire si elle est fausse. Un court instant, les fidèles de la synagogue vont rester en admiration. Un très court instant ! Car ils sont vite repris par

Partage de midi

Dimanche, 3° semaine de Carême (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 4, 5-42) Corvée d’eau ce jour-là. Au puits de Jacob, il est midi ; c’est l’heure claudélienne, celle des grands partages. Mais surtout celle où, sous ce soleil de plomb, les oiseaux se cachent et plus personne ne sort ; plus personne, sauf les chiens, et les touristes… C’est ce moment le plus chaud qu’une Samaritaine, femme tout juste recommandable, choisit pour venir au puits de Jacob avec sa cruche, espérant rencontrer le moins de monde possible. Les autres ménagères, sûres de leur bonne vie et de leurs bonnes fréquentations, ne risqueront ainsi pas de la chasser, à coup d’insultes ou de pierres, pour qu’elle ne souille pas leur eau, elle, l’impure. On la montre si souvent du doigt… Oui, pour se cacher ce jour-là, elle a bien besoin de tout l’éclat du soleil. C’est vrai que sa vie n’est pas brillante, elle collectionne les maris mais n’est l’épouse de personne. A la sixième heur...

Il le couvrit de baisers

Samedi, 2° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 15, 1-3.11-32) Une scène que l’on connaît bien, que l’on a souvent imaginée. Un vieil homme, un œil sur les affaires courantes, il faut bien que la vie continue. Mais l’autre constamment fixé sur l’horizon, rivé indéfectiblement au chemin, guettant dans le lointain une silhouette que lui seul espère. Et soudain, il arrive. Est-ce bien lui ? Le père n’hésite guère. La compassion s’accumulait secrètement en lui depuis tant de mois, elle le déborde maintenant, elle l’envahit. Le vieux ne tient plus en place : « il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers ». Voit-on assez les baisers du père recouvrir le fils ? Car avant de le revêtir d’habits neufs, il l’enveloppe de tendresse. Pas un seul mot, juste des baisers paternels. Qui dit que les hommes sont parfois trop pudiques ? Grand drame de l’histoire humaine : il y a quelque chose de blessé entre les pères et les f...

De qui parlait-il ?

Vendredi, 2° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 21, 33-43.45-46) Ils avaient bien compris qu’il parlait d’eux : eux, c’est-à-dire les grands prêtres et les pharisiens ! ils ont en effet de quoi se sentir un peu visés, car ils ne sont pas bien en paix avec leur conscience. La promesse pluriséculaire à Israël, eux l’ont tellement trahie ! Dieu n’en fera pas autant. Car les élites du Temple à eux seuls ne sont pas Israël ! Pour Dieu, il ne s’agit pas de disqualifier un peuple pour le remplacer par un autre : cette théologie de la substitution qui a fait fortune n’est en vérité pas ajustée au dessein profond de Dieu, dont les promesses sont sans repentance. Benoît XVI a eu cette bouleversante formule, qui clôt des décennies d’égarement : « l’unique peuple de Dieu, l’Église avec Israël ». Dieu ne déshérite ainsi pas l’ainé de ses enfants au profit du cadet ! La première Alliance, il ne l’invalide pas, mais la complète e...

Envoie Lazare me rafraîchir la langue

Jeudi, 2° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 16, 19-31) Une parabole pour anticiper sur la morale des Plaideurs : « Tel qui rit vendredi dimanche pleurera » ? Jésus nous exhorte surtout à prendre au sérieux notre passage sur terre, tant l’éternité vient secrètement frôler chacune de nos journées. Un jour, il sera trop tard. Trop tard ? Un abîme infranchissable sépare les deux hommes. Mais plus puissant que le seul verdict de la morale, l’amour du Christ Rédempteur. Parions sur ce soi-disant mauvais riche (le mot n’est pas dans l’Évangile). Sera-t-il éternellement condamné du seul fait de son aveuglement terrestre ? Son repentir sincère, le souci touchant qu’il a du salut de ses frères inaugurent en lui comme une conversion. Est-il perdu, à jamais ? Il a dû lui suffire d’un mot. A des paroissiens rigoristes qui manquaient d’espérance sur les suicidés, le Curé d’Ars disait

Ma coupe, vous la boirez

Mercredi, 2° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 20, 17-28) Encore un incroyable et terrible malentendu, poignant en vérité ! Jésus prend son souffle, un dernier souffle d’amour pour monter à Jérusalem où il va livrer sa vie. Mais qui le sait ? Qui le comprend vraiment ? Monter à Jérusalem, c’est forcément monter vers la Gloire ! Erreur de perspective tout humaine. Qui donc imagine la Croix, qu’il ne cache pourtant pas ? Au moment de ressaisir une dernière fois sa vie et sa mission, Jésus se tourne alors vers ses fidèles compagnons de route, qu’il « prend à part ». Il désire intensément leur partager ce qu’il va vivre dans les heures qui suivent. Aucun pathos. Clairement, il dit les choses, avec des mots simples, trop simples pour qu’ils mesurent vraiment de quoi il parle. Lui, il sait bien qu

A personne le nom de père

Mardi, 2° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 23, 1-12) Ne donnez à personne sur terre le nom de père . Cet avertissement du Christ, on l’a longtemps lu à la légère, sans y prêter vraiment attention. Comme un préambule tout rhétorique à ne surtout pas prendre à la lettre, juste utile à mettre en valeur une seule et unique paternité, celle de Dieu. On continue à appeler père ceux qui en exercent la responsabilité. On aime ainsi gratifier nos prêtres et nos évêques du nom de père . Et pourtant ? Ne donnez à personne sur terre le nom de père . Après tous les scandales dans lesquels des clercs ont manipulé des consciences et frelaté le nom de père en en faisant un usage pervers, on prend conscience de la sagesse et de la profondeur d’une telle parole ! L’exercice de la paternité dans l’Église a pu être tantôt

Mesure pour mesure

Lundi, 2° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 36-38) Un petit paragraphe d’évangile superbement scandé, avec à la clé, en maître mot, le beau « comme » d’un vigoureux appel à ressemblance : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » S’ensuit une bouleversante invitation du Christ à trouver dans nos vies la bonne, l’exacte mesure : magnifique pulsation stylistique, cadence musicalement balancée du propos, où il tente de nous faire entrer dans le mystère d’un incroyable rapport. Ne jugez pas /et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas /et vous ne serez pas condamnés. Donnez / et vous recevrez. C’est d’abord une affaire de proportion, bien sûr. Nous recevrons toujours à la mesure de ce que nous donnons. Mais c’est aussi une affaire de temporalité. Le plus touchant dans la comptabilité divine, ce n’est pas seulement

Parution livret Semaine Sainte

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Nos lecteurs qui suivent ce blog depuis plusieurs années se souviennent peut-être que nous avons partagé ici un livret proposant un accompagnement pour la Semaine Sainte.  Nous sommes heureux de vous partager que ce texte illustré est aujourd'hui publié aux Éditions Peuple Libre. Dans cet ouvrage, tout au long se la Semaine Sainte, Patrick Laudet se met dans la peau de Judas, Pierre, Simon de Cyrène, Marie-Madeleine, Ève…  "J’ai essayé de me placer à hauteur d’homme pour revivre ces scènes comme si j’y étais, de m’identifier à eux, un peu à la manière dont la tradition jésuite invite à ce travail fécond de l’imagination. Tous ces personnages vivent avec une grande intensité leur rencontre avec le Christ, sans d’ailleurs comprendre grand-chose à ce qui se passe réellement. J’ai voulu conserver cette incertitude. Ils ne savent pas ce que nous, nous savons rétrospectivement. Je pense à ce beau compagnon du portement, Simon de Cyrène qui se trouvait là un peu par hasard ...

Aimez vos ennemis

Samedi, 1ère semaine de Carême Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 43-48) Priez pour ceux qui vous persécutent , ça va encore ! Avec un petit effort, soutenu par une morale chrétienne solide et la conviction que la prière ne fait jamais de mal à personne, ni à celui qui la fait, ni à celui qui en bénéficie, fût-ce un ennemi, on peut à la rigueur consentir. Mais aimer ses ennemis ! Comme les épinards ou le cèleri pour certains, on aime, ou on n’aime pas ! Rien à faire. Les ennemis ne sont pas du tout aimables, alors comment comprendre cette demande ? Jésus qui n’est pas un post-moderne sait bien que l’amour ne s’évalue jamais à ce qu’on en éprouve mais à ce qu’on y décide. Le feeling n’y peut rien ! Aimer vraiment est un acte libre de la volonté, pas un état ni un ressenti. Notre époque très romantique ne sait hélas plus qu’aimer est d’abord

Jusqu’au dernier sous

Vendredi, 1ère semaine de Carême Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 20-26) Tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. Est-ce vraiment Jésus qui parle, ou un créancier impitoyable, qui monnaie au centime près la moindre remise de peine, sanctionne sans prescription ni amnistie tout manquement à la charité ? Jésus se montre apparemment impitoyable. Obtenir quitus pour entrer dans le Royaume des cieux supposerait donc des conditions drastiques. De fait, Jésus énumère les grandes exigences de la justice divine. Est-ce pour nous menacer, nous effrayer ? En vérité, l’urgence est davantage de nous appeler. « J’ai soif ! » dira-t-il à la Croix. Plus que de notre perfection morale, il a soif de notre amour, sans mesure. Il ne peut se résoudre à ce qu’il reste dans nos vies le moindre obstacle à la sainteté, comme un dernier sou toujours à donner. Ces paroles montent du cœur de

Demandez, on vous donnera

Jeudi, 1ère semaine de Carême Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 7, 7-12) Un vieux fond de scepticisme, indéracinable, est accroché au cœur de l’homme. Demandez, on vous donnera ! On le répète après Jésus, mais y croit-on vraiment ? Avec quelques bribes de catéchisme, on a une réponse toute faite, un kit argumentatif opposable qui, au besoin, servira d’excuse à toutes ces demandes où, de fait, nous n’avons rien obtenu. Notre demande n’était en vérité pas la bonne. Dieu ne donne que ce qui est bien pour nous, pas forcément ce que nous demandions . Dont Acte. Mais on finit par se résigner. Jésus, lui, ne dit rien de cela. Pas de phraséologie pour aménager au mieux les déceptions de nos demandes inexaucées ou préciser les conditions nécessaires, morales ou spirituelles, des demandes dûment recevables. Ces paroles d’Évangile s’adressent au

La Reine de Saba se dressera

Mercredi, 1ère semaine de Carême Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 11, 29-32) Faut-il croire que la Reine de Saba est gardée en réserve pour nous condamner au jour du Jugement ? Va-t-elle se lever, telle une Érinye grecque, pour jeter sur nous des paroles de malédiction ? Ce qui nous condamnera, en vérité, c’est simplement la comparaison. Car quand elle se lèvera, on verra la beauté de l’Étrangère, venue un jour des extrémités du monde pour écouter la sagesse de Salomon. Parure d’éternité, la splendeur de son attention au mystère de Dieu la revêtira. Comme la fiancée du Cantique des Cantiques , elle resplendira de la figure de l’Église-Épouse. Nous qui croyons être de la maison royale, avouons que nous risquons de nous sentir un peu

Ne rabâchez pas

Mardi, 1ère semaine de Carême Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 6, 7-15) Moins une injonction qu’un grand désir qu’il a dans le cœur : que notre prière ne soit jamais rabâchage, qu’elle soit vraie. Pas si simple. Bien sûr que le Notre Père peut finir par se fossiliser : on peut aussi le rabâcher ! Ou proportionner son efficacité à la quantité proférée. On ne dit pas Notre Père , on dit des Notre Père. Car comptabiliser, c’est rabâcher : c’est cela, être païen ! Être chrétien, c’est ne jamais compter. Et pas davantage les Notre Père ! Compte-t-on ses paroles d’amour ? Pour désensabler la source, il est toujours bon de relire dans l’évangile ces lignes où l’on voit Jésus lui-même nous le donner. Car il va jusque-là ! Et cette prière qui va devenir la prière chrétienne, il la met au nous .

A l’un de ces petits

Lundi, 1ère semaine de Carême Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 31-46) Scène très spectaculaire, quasi hollywoodienne. Fin des temps, jugement dernier. Un décor qui va avec, grandiose : anges réunis, trône de gloire, nations rassemblées ! L’adresse aux disciples ce jour-là ne lésine pas sur les effets pour les arracher à l’ordinaire de l’ici-bas et les téléporter au soir des soirs. Au terme de l’aventure humaine, il y aura donc un grand tri, ultime et définitif. Rien de plus tentant que d’en brandir la menace, d’en faire un instrument d’encadrement moral des peuples ! Gare ! Mais que dit Jésus en vérité ? Viendra l’heure suprême où le bien et le mal ne seront plus mêlés, la charité vraie et l’égoïsme ordinaire séparés. Ouf !

L’homme se leva, et il le suivait

Samedi après les Cendres Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 5, 27-32) Y a-t-il embauche plus expéditive ? Appel à la vocation plus laconique ? Réponse plus immédiate ? On aurait admis quelques explications du maître, sur son projet, ses intentions, ses perspectives. Quelques garanties sur ce à quoi on s’engage si on le suit. Côté disciple, on ne verrait pas d’un mauvais œil un petit moment de réflexion, un temps d’essai, voire une clause de dédite. Jésus sortit et remarqua un publicain . Quel coup d’œil ! Un seul regard suffit donc à Jésus, tant au travers de notre raison sociale ou de notre situation la plus ordinaire, il perçoit d’abord en nous l’inscription de notre mystère, tellement plus grand que nous.

Jeûner, ou pas ?

Vendredi après les Cendres Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 9, 14-15) Concurrence entre disciples ? D’un côté, ceux de Jean-Baptiste, ardents à la pénitence, qui veulent faire du jeûne, à l’instar des pharisiens les plus exigeants, un exercice spirituel majeur, une occasion de se sanctifier. Des athlètes de Dieu, admirables. De l’autre, ceux de Jésus qui abandonnent apparemment la pratique du jeûne, et finissent par paraître eux un peu laxistes. En réponse, Jésus ne demande pas le jeûne quand il est là. Sans doute demande-t-il bien davantage ! L’attention vraie à son mystère, la communion profonde à sa présence… Est-ce à dire qu’il ne faudra plus jamais jeûner ? Faut-il admettre que les usages religieux anciens sont tous caducs, désuets ? La réponse est plus nuancée :

Il le faut

Jeudi après les Cendres Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 22-25) De quelle nature est donc cette mystérieuse nécessité, dans laquelle Jésus veut introduire ses amis et à laquelle pourtant ils résistent tant ! Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup ! Parole de préscience, à l’évidence, pour dire qu’on n’y échappera pas, pour dire que cela va arriver, inexorablement. Dieu nécessairement connaît le futur. Certaines traductions la rendent d’ailleurs simplement par un futur : le fils de l’homme aura à souffrir beaucoup. Jésus les renseigne donc sur un avenir assez proche, dont ils n’ont pas encore idée. Mais c’est peut-être davantage. Il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup. Pas tant pour satisfaire aux exigences impitoyables du Père et à une cruelle loi de réparation qu’une vieille théologie assignait à la valeur rédemptrice de la Croix du Fils,

Dans le secret

Mercredi des Cendres Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 6,1-6.16-18) Que ton aumône reste dans le secret. L’Église n’est pas une secte et elle n’a rien à cacher. Elle a trop pâti d’une culture du secret et elle doit vivre dans la simplicité du grand jour. Il ne s’agit pas d’exhiber indécemment nos efforts pour faire le bien ni d’en tirer orgueil. Mais il ne s’agit pas non plus de faire trop d’acrobaties pieuses pour les dissimuler à tout prix, jusqu’à substituer à l’artifice de l’exhibition celui de la dissimulation. Ton père voit ce que tu fais dans le secret. Il peut arriver que certains gestes dans l’ordre de la charité se fassent publiquement. Mère Térésa a parfois fait l’aumône, bien malgré elle, sous les projecteurs et les appareils photos. Qu’importe que cela arrive. L’essentiel est ailleurs. Quoique nous fassions, en secret ou en public, il y a en tout homme un secret du cœur plus profond et qui n’appartient qu’à Dieu. C’...

Vous ne comprenez donc pas encore ?

Mardi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 14-21) Pauvres apôtres ! Qu’ils soient tête en l’air, passe encore. On sait bien que, dans l’aventure de sa grâce, Dieu n’a jamais craint, et dès le début, d’engager des bons à rien 1 , qui n’ont d’autre gloire que d’avoir sa touchante confiance, aussi tenace qu’imméritée. On apprend ainsi, au détour du récit qui semble en sourire, qu’ils ont oublié d’emporter les pains . Dans la barque, tant pis pour eux, un seul pain à se partager ! Pas très « doggy-bag », ces apôtres ! Il ne leur en fait pas reproche. Pourtant, Jésus comprend que les restes de la multiplication des pains pour eux sont bien indigents. Après ce qu’ils viennent de vivre, qui n’est pas qu’une affaire de boulangerie, il ne reste vraiment pas grand-chose …

Jésus soupira au plus profond de lui-même

Lundi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 11-13) C’est dans l’ADN des pharisiens que d’aimer discuter ! En bons juifs, ils veulent débattre. Mais il y a débat et débat. De la vérité, cherchent-ils vraiment à s’approcher ? Des pharisiens survinrent , dit l’évangile, le mot évoque une descente de police plus qu’une ambassade curieuse et bienveillante. Discuter avec Jésus pour le mettre à l’épreuve. La discussion cache un traquenard. Ils essaient de coincer ce jeune rabbi, de le mettre au défi de produire un signe qui authentifierait ses affirmations, auxquelles ils n’ont de toute façon pas l’intention de prêter l’oreille. Bien sûr que, dans ces conditions, Jésus ne leur donnera rien. Car ce qu’ils ne veulent pas entendre, c’est que Jésus lui-même est le signe. Leur attention est faible. Ils ne sont pas disponibles. Encombrés de leurs certitudes, ils n’ont plus besoin de personne, ni de rien. Le refus de Jésu...

Un carême pour le monde?

6ème dimanche du Temps Ordinaire (année A) Comment accueillir ce nouveau carême de 2026 ? Peut-être bien que cette année, chacune de nos résolutions et de nos démarches personnelles feront encore davantage sens et auront plus de fécondité mystérieuse si elles sont bien plus qu’un simple souci de soi, voire un possible repli sur nos seules vies individuelles. N’avons-nous pas comme le sentiment d’une urgence ? Et si nous décidions de faire de notre carême de cette année une réponse humble mais ardente, audacieuse aux folies des temps ? Pourquoi pas un carême pour le monde, en manque de sel et de lumière ? Ce que nous allons donc essayer de redresser en nous et de libérer, que ce soit aussi pour le monde et en pensant à lui ! En contrepoids secret de toutes ses violences. Jacques Maritain écrivait que « l’homme qui concentre et réalise dans son expérience personnelle les maux dont souffre sa génération et trouve le moyen d’en triompher en lui-même, cet homme agira très prof...

Combien de pains avez-vous ?

Samedi, 5° semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 1-10) La scène de la multiplication des pains est bien connue. Épisode évangélique majeur, qui prépare secrètement l’institution du mystère de l’eucharistie. On est toujours bouleversé de voir comment Jésus, contre la raison humaine et réaliste de ses disciples, n’a pas le cœur, lui, de renvoyer ces foules qui ont faim. On entre dans le bouleversant regard du Christ sur cette grande foule qui a faim, émouvante image de notre humanité, pour laquelle il est toujours saisi de pitié. Un détail cependant. Au moment où semble s’élaborer avec les apôtres le plan d’urgence pour répondre à la nécessité de nourrir les foules, pourquoi leur demande-t-il d’aller voir précisément combien ils ont de pains ? Dans sa divinité, n’avait-il pas le moyen de le savoir ? Pourquoi interposer ce délai de vérification comptable ? Il aurait pu

Il lui mit les doigts dans les oreilles !

Vendredi, 5° semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 31-37) On en convient. Quand on est Dieu, on peut tout faire à sa guise et le mode opératoire du miracle lui appartient. La preuve que Dieu est Dieu, c’est que vous et moi, dans cette situation, nous n’aurions pas pris autant de peine pour guérir ce sourd muet ! A d’autres occasions d’ailleurs (La résurrection de la fille de Jaïre) la grâce de la guérison ou de la résurrection est comme en Bluetooth et se fait à distance, sans problème. Guérir un sourd muet, ce n’est pas si sorcier ! Au pire, service minimum, juste une belle parole, solennelle et sacrée eût suffit. Le Effata sur les oreilles, c’était déjà bien et l’effet était assuré. Mais Dieu ne fait jamais à l’économie ni ne calcule les effets. Ça a été plus fort que lui ! Au risque de nous choquer, et contrairement à toutes les règles les plus élémentaires de prophylaxie, avec sa salive d’homme-Dieu, il touch...

Aux petits chiens, des miettes !

Jeudi, 5° semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 24-30) On imagine bien la scène ! On la voit, cette femme touchante, qui n’est pas une fille d’Israël et qui pourtant se tourne vers ce jeune rabbi juif dont elle pressent qu’il peut tout. Sa petite va mal, quelques chose la tourmente, un démon possiblement, ou une pathologie que l’époque n’identifiait pas. Elle devrait s’adresser au bon guichet, là où sa condition de païenne syro-phénicienne lui donnerait plus de chance. Mais elle sent que la miséricorde de ce Dieu-là n'est pas réservée aux seuls membres. Jésus voit bien cela ! Aussi sa réponse est pour le moins étrange. Presque un peu brutale, pas vraiment sympathique. On dira que ce ne sont pas ses mots, et que tout cela est affaire d’

Ce mal qui vient du dedans

Mercredi, 5° semaine du temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 14-23) Singulier enseignement de Jésus sur le mal que ce passage d’évangile ! Pas simple. Les apôtres d’ailleurs calent. Ils butent sur une parabole qui n’en est pas vraiment une, et demandent, on les comprend, une petite exégèse du maître. Il apporte alors quelques compléments, donne confirmation qu’il parle bien des règles alimentaires, dont il veut à l’évidence les libérer. En bon anatomiste, et non sans humour, il rappelle que l’estomac n’est pas le cœur et qu’il ne risque rien. L’estomac lui gère, et digère. Quant au cœur, où l’essentiel visiblement se joue, c’est plus délicat. Non pas que Jésus soit naïf sur les dangers du dehors , qui peuvent sans doute polluer un cœur et l’abimer. Mais tout le mal vient du dedans.

Mais son cœur est loin de moi …

Mardi, 5° semaine du temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 1-13) Rendre un culte, enseigner les doctrines, ce dont les scribes et pharisiens s’étaient fait une spécialité voire un privilège, n’est en soi pas une si mauvaise chose. Jésus lui-même n’a pas épargné sa peine pour enseigner les foules ! Sa colère au Temple prouve en outre son attachement à purifier le culte de toutes nos magouilles. Mais son souci n’est pas d’abord la conformité. Ni celles des doctrines , dont le mot, au pluriel, laisse poindre un soupçon de blablas et un subtil pouvoir d’intimidation et de manipulation. Ni celle du culte, dont chacun évidemment pourra toujours juger la sienne bien meilleure que celle du voisin. Dieu ne cesse de s’en prendre à notre obsession de la conformité, dont nos temps technocratiques sont si avides. Plus que jamais, en bons pharisiens que nous sommes, la conformité nous obsède. On la traque partout, on invente pour bien la...

On déposait les infirmes

Lundi, 5° semaine du temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 53-56) Dieu s’est risqué à tenter l’aventure humaine. Il a fait effraction dans l’Histoire pour venir un jour marcher sur nos chemins, partager à hauteur d’homme la plus ordinaire de nos existences. Mais dès qu’il commence à laisser paraître qu’il est bien plus que le charpentier de Nazareth, que rencontre-t-il d’abord ? De quoi Dieu a-t-il d’abord reçu la toute première offrande, émouvante, sinon celle de nos misères ? La pression sur lui est immense ! Depuis des siècles, les hommes avaient tant à dire à Dieu et ils l’ont fait dans la prière. Voilà qu’un homme arrive parmi eux, qu’ aussitôt ils reconnaissent ! Que reconnaissent-ils vraiment ? Un nouveau prophète ? Un rabbi guérisseur ? Le fils de Dieu ? Peut-être pas. Pas tous. Pas encore. Il n’empêche. Pour Dieu, existe-t-il plus bel offertoire que celui dont nous parle aujourd’hui l’évangile de Marc. Dans tous l...

Pour la terre et pour le monde

Dimanche, 5° dimanche du Temps Ordinaire (année A) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 13-16) N’y aurait-il pas aujourd’hui comme une forme d’arrogance pour les chrétiens à se prendre pour « le sel de la terre » et « la lumière du monde » ? Ont-ils d’ailleurs toujours voix au chapitre, tolèrera-t-on que dans les affaires du monde, ils mettent encore leur « grain de sel » ? Hommes parmi les hommes, qui plus est, ils ne sont eux-mêmes pas irréprochables, loin de là. Voilà donc ce matin une assurance qui nous vient du Christ, mais comme une prétention qui ne semble plus guère de mise…Ces paroles de Jésus, juste après le sermon sur la montagne, sont-elles donc désormais un peu périmées ? C’est vrai que dans bien des endroits, les chrétiens ont plutôt pris l’habitude de frôler les murs, de faire profil bas ou s’en tenir à plus d’humilité, voire d’effacement ! Le sel de la terre et la lumière du monde, c’est beau… c’est bien beau ! Belle exhortation en ...

Reposez-vous un peu

Samedi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 30-34) Pour être pleinement Dieu, il n’en est pas moins homme ! La sagesse humaine est toujours bouleversante chez Jésus. Il sait la valeur du repos, le besoin que nous en avons pour donner respiration à nos vies et nous y engage fortement. C’est beau de voir comment il prend soin de ses compagnons. Reposez-vous un peu ! Belle sollicitude fraternelle pour ses amis qui comme lui commencent à ne plus toucher terre ! Lui qui justement a tant aimé toucher terre , il s’inquiète pour nous du surmenage qui nous agite et nous met hors-sol, ou hors de nous-mêmes. La suractivité n’est jamais bénie, car, au régime de Dieu, toute action culmine dans son propre dépassement qui l’accomplit en offrande. Dieu s’est reposé le septième jour ! Mais significativement, Jésus ne leur dit pas

Sur un plat

Vendredi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 14-29) Jean Le Baptiste est associé de façon très mystérieuse à la Rédemption : il est bien sûr le Précurseur, celui qui trempe toute une part d’Israël dans un Jourdain de repentance et prépare la venue de plus grand que lui. Mais, et on n’y prête moins attention, il est aussi associé au mystère de la Croix, puisque, protagoniste majeur de toute cette histoire, il est le premier à donner sa vie. Et de quelle façon ! Finir la tête sur un plat… Cette histoire minable, l’évangile la raconte en détail, le récit s’attarde sur le mécanisme sordide qui conduit à la veulerie d’Hérode. C’est un passage en vérité poignant car toutes les morts, hélas, ne sont pas toujours très glorieuses ni héroïques. Finir la tête sur un plat ! Un plat, c’est beaucoup moins iconique qu’une

Deux par deux

Jeudi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 7-13) Alors il commença à les envoyer en mission deux par deux : elle est émouvante, cette mémoire du premier envoi des apôtres en mission aux quatre coins du pays, qui vont devenir les quatre coins du monde. Avec une belle sollicitude pour eux, Jésus donne le mode d’emploi, qui a valeur évangélique. En gros, voyagez légers, abandonnez-vous à la Providence. Au nombre des conseils, il en est un pourtant qui peut surprendre. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds . L’avis ne manque-t-il pas d’un minimum de combativité ? N’est-ce pas déserter un peu vite le premier terrain défavorable qui se présentera ? On aurait pu imaginer que Jésus les exhorte à plus de

N'est-il pas le charpentier ?

Mercredi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 1-6) N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? C’est que les gens de Nazareth, ils n’avaient rien vu venir ! Elle est touchante, en un sens, cette question qui dit leur désarroi, et bientôt leur grogne. Ce gars-là, ils le connaissent bien ! C’est même un bon gars. Dans le village, on se souvient encore du bon Joseph, son père, à qui on confiait volontiers une charpente à refaire ou une roue à réparer. Sa parentèle, ses frères, ses sœurs, au sens ancien. José, Jude, Simon, on les situe ! Et Marie, tout le monde au village la connaît. Une femme discrète mais si bonne. Elle n’a plus son Joseph, mais Jésus, qui a pris la suite dans l’échoppe familiale, est digne de la même confiance. Mais c’est quoi, toutes ces histoires

Diptyque : la femme hémorroïsse

Mardi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 5, 21-43) Elle traînait ses douze ans de maladie. Tout condamnait cette pauvre femme à ne rien demander. Avantage clair à Jaïre, un homme en vue, qui plus est un chef religieux. Sa petite fille est mourante. La guérison de son enfant lui revient de droit. Elle-même le pense. Pas question de retarder Jésus sur le chemin de leur maison. On ne lui voit aucun entourage de parents ou d’amis. Elle est bien seule, perdue dans la foule avec son mal qui, selon la loi juive, la met en état d’impureté. Si Jésus la touche, comme il en a l’habitude quand il guérit, il contractera une souillure. Alors elle choisit l’audace d’un geste fou et bouleversant. Elle lui subtilise sa force, s’administre elle-même la guérison, à l’insu de tous. A l’insu de Jésus ? Délicatesse émouvante : elle ne touche pas son corps, juste un peu son manteau : pour ne pas le contaminer, et ne surtout pa...

A Jérusalem, il y avait un homme

Lundi, Présentation au Temple Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 22-32) Il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon . Pas une simple phrase d’introduction mais un bel hommage rendu à sa présence. Syméon n’était pas un affairé. Sa grâce : n’avoir d’autre vocation que d’être là. Il était là, rien d’autre ! Faisait-on attention à lui ? On sait peu de lui, sinon qu’il était un homme juste et religieux. Il ne payait sans doute pas de mine, pas d’exploit particulier à son actif, il avait même fini par faire partie du décor, des meubles. Sa vocation était si dérisoire, et inconnue aux yeux des hommes : attendre et d’espérer. De ces gens qui, apparemment, ne servent à pas grand-chose. Mais il était là, bien là, et il n’en bougeait pas depuis des années. Il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon . C’est qu’il avait reçu de l’Esprit-Saint la certitude qu

Le réveiller, ou pas ?

Samedi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 4, 35-41) Les apôtres aux prises avec la tempête déchaînée ont-ils eu raison de réveiller Jésus ? En un sens, non ! C’est exactement ce que Jésus semble leur reprocher, en pointant l’incongruité de leur désarroi, révélateur de leur manque de foi. Pourquoi êtes-vous si craintifs ? La question semble en cacher une autre : pourquoi m’avoir réveillé ? Et la remarque suivante ( N’avez-vous pas encore la foi ? ) laisse penser que, Jésus étant dans la barque, il n’y avait dès lors pas de quoi s’affoler ni réveiller le maître. Une foi absolue suffisait pour faire face aux vagues gigantesques s’abattant sur eux. En vérité, et malgré les apparences, ils ne risquaient rien. Il n’empêche ! Ils ont quand même bien fait de le réveiller, par un autre côté, et la façon dont Jésus apaise aussitôt le vent et la mer pour les rassurer leur donne en un sens raison. Réveiller Jésus d...

Heureux ceux qui dorment !

Vendredi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 4, 26-34) Magnifique parabole que celle du paysan mystique, qui constate que son blé pousse sans se soucier de savoir comment ! Elle n’est pas qu’une invitation à la patience mais une parabole de la foi, dont notre époque manque considérablement. Du coup, manquant de foi, tout le souci du monde pèse lourdement sur notre seul dos, et sur nos âmes. Le découragement grandit, le sommeil du juste se retire. Et pourtant, Jésus le dit clairement, « Qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit ». Pour la croissance du Royaume, levons-nous donc de bon matin. Mais dormons aussi, affranchis de soucis et libres d’insomnies. Dormir ne nuira pas à la germination, au contraire. « Dormir, disait Claudel, c’est-à-dire exercer son être du côté de

Déroutante logique ?

Jeudi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 4, 21-25) La redistribution divine est peu démocratique en apparence ! « Car celui qui a recevra encore ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a ». Notre égalitarisme moderne se rebiffe ! Comment donner plus encore à celui qui a déjà et priver davantage celui qui n’a rien ? Logique déroutante. C’est que pour nous le verbe « avoir » se conjugue de façon trop restrictive. Certains auraient beaucoup, d’autres moins : c’est injuste si on pense aux richesses, ou à des bien divers dont on voudrait qu’ils soient un jour équitablement répartis. Mais si c’est d’une capacité d’amour et de miséricorde qu’il s’agit ? Celui qui a cette capacité, grâce à elle, recevra davantage, car amour et miséricorde grandissent de manière exponentielle. Dieu n’y peut rien, c’est dans leur nature. Et celui qui n’a ni capacité d’amour ni miséricorde se fera enlever même ce q...

Voici que le Semeur sortit pour semer

Mercredi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 4, 1-20) La parabole du semeur est plus qu’une parabole, c’est une leçon d’herméneutique. Avec une sollicitude infatigable, Jésus met les mots de Dieu à hauteur d’homme. Ici apparemment, plus de mystère. Interprétation close : la semence, c’est la parole de Dieu. Le bord du chemin est bien identifié. Pierres et ronces sont démasqués, jusqu’à cette bonne terre, qui livre son secret et montre ici son beau visage. Commentateurs circulez ! L’explication de texte est donc terminée ? Du terrain et de ses différents états, Jésus a dit l’essentiel. Il s’attarde assez peu sur celui qui traverse obliquement la scène, comme une ombre. Il désigne pourtant clairement le démon qui, l’air de rien, s’obstine à

Qui sont mes frères ?

Mardi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 31-35) La famille est un bien très précieux à laquelle l’Église apporte depuis toujours protection et sollicitude. A l’heure où l’individualisme l’emporte, où l’homme s’envisage de plus en plus comme un électron libre et autonome, affranchi de tout héritage, de toute filiation et en vérité de toute vraie relation, elle demeure ce beau creuset de la croissance humaine. Au fil des jours, on y apprend le service, la dépendance, la solidarité. Elle est bien davantage qu’une bonne convenance humaine pour assurer la génération. Elle reflète quelque chose du mystère même de Dieu, qui n’a pas craint de nous donner à appréhender le mystère de la Trinité par la filiation du Père et du fils.

Un péché pour toujours ?

Lundi, 3e semaine du Temps ordinaire (année paire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 3, 22-30) Parole percutante, mystérieuse : Si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon . Qu’est-ce donc que ce blasphème-là ? Dire du mal de Jésus ? Nous le connaissons étonnamment libre à l’égard de sa propre image. Parfois, il n’a pas même un mot pour défendre sa réputation. De toutes nos accusations et persécutions contre lui, il guette les retournements, les espère. Il scrute leur possibilité au plus intime de notre cœur secret, là où nous-mêmes, nous peinons à entrer. Ce qui compte pour lui est bien plus profond, c’est notre