26ème dimanche du Temps Ordinaire (semaine II du Psautier)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 21, 28-32)
Le cas d’école que nous propose le Christ aujourd’hui est bien connu et, s’agissant de faire réfléchir les grands prêtres et les anciens, il ne présente apparemment guère de difficulté : lequel des deux a fait la volonté du Père ? Ils en sont ainsi tous bien convaincus et nous avec eux, nous répondons tous en chœur : le premier ! Des deux, en effet, c’est le premier, de toute évidence, celui qui dit qui n’y va pas et qui finalement y va, qui a fait la volonté du Père ! La morale de l’évangile de ce dimanche est apparemment bien claire, et la réponse sans embarras : mieux vaut faire que dire ! C’est entendu ! Et, forcément, malheur à ceux qui disent mais qui ne font pas. On se croirait presque dans la Plaisante sagesse lyonnaise : « Le tout c'est pas d'y faire, c'est d'y penser ; mais le difficile, c'est pas d'y penser, c'est d'y faire ». Mais l’évangile, ce n’est pas exactement la bonne morale commune, ni les fables de La Fontaine ! Jésus, assez curieusement (l’avez-vous remarqué ?), pose la question, mais ne donne pas la réponse. Curieusement, il ne valide pas comme allant de soi la supériorité du faire sur le dire, il fait bizarrement un pas de côté et passe à autre chose. Dans le fil de son propos, publicains et prostituées viennent alors immédiatement brouiller l’évidence, si bien que dans le récit de Matthieu, la réponse de Jésus à sa question, on ne la connaîtra jamais. Le Christ fait alors silence, il garde le silence. (Entend-on assez les silences du Christ ?) Et ce silence-là, comment bien l’entendre ? Comme l’expression d’une évidence, équivalent d’un bien entendu ! Évidemment, c’est le premier ! Un silence de confirmation… CQFD, rien à rajouter ! Confirmation ou… aporie, invitation à bien y réfléchir ? A y regarder (ou entendre) de plus près, à l’école des publicains et des prostituées qui brouillent dans sa bouche toutes les évidences de la bonne morale, est-ce si sûr ? Un silence est un silence ! L’imprimatur divine est-elle donnée in fine à ce que notre bon sens, lui, retient d’emblée ? La volonté du Père, car c’est d’elle dont il s’agit (lequel des deux a fait la volonté du Père ?), est-ce si simple ? Quelques préceptes y suffisent-ils ? Car la question est abyssale en vérité, elle renvoie au mystère profond de nos vies dont Dieu seul a la réponse ; mais reconnaissons qu’aujourd’hui, il ne la donne pas si clairement. Plus qu’une réponse, trop rapide et assurée, ne faut-il pas garder vive la question ? Comme une question ouverte, et à rouvrir constamment. Car à cette immense question, qui touche au mystère de nos vies, y-a-t-il une réponse automatique, propice au copié-collé, et dont une bonne morale bien cadrée, comme celle qu’aiment les grands prêtes, imposerait à tous la règle ? Revenons à la parabole, qui semble donner l’avantage au repenti : certes, c’est très beau de ronchonner d’abord, de maugréer, de refuser même, et d’y aller ensuite. Avantage apparent à cette psychologie qu’on connaît bien. Mais changeons de point de vue : c’est beau aussi de dire d’