La fille de Phanuel

Mardi, 6° jour dans l'Octave de Noël (Année A)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 36-40)

Quelle fut la vie de cette femme, qui donne à l’espérance et à la fidélité un des plus beaux visages de l’évangile ? On nous la dit fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Des indications apparemment superflues, mais nécessaires à bien l’authentifier, et à la situer dans un lignage. Anne a donc un père et une tribu, c’est que son béguinage mystérieux fait d’elle une héritière. Comme elle le porte magnifiquement, avec grâce et dignité, l’héritage dont elle est dépositaire ! En hébreu, Phanuel signifie « face à Dieu » : son père lui avait-il enseigné la sainte présence ? Dans le livre d’Hénoch, Phanuel est aussi le nom du quatrième archange. Avec lui, avait-elle elle un très ancien et très vivifiant commerce sacré ? Au Temple dont elle avait fait sa demeure, quelle voie intérieure l’assigna à un tel ministère, et à tant de fidélité ? Faisait-elle un peu tache dans l’organigramme officiel et sacré du saint lieu ? Elle devait bien en agacer plus d’un, mais elle faisait partie des meubles. On la tolérait, mais il y a bien longtemps qu’on ne l’écoutait plus. La prophétesse Anne attendit donc jusqu’à quatre-vingt-quatre ans la manifestation messianique et le salut pour Israël. Quatre-vingt-quatre, soit douze fois sept : une éternité en somme. Aux côtés du vieux Siméon, cette femme-portique se tenait au Temple depuis des années pour, le jour venu, et à la vue de l’enfant, prophétiser la délivrance de Jérusalem. Un vieil homme et une vieille femme ensemble, postés au seuil du salut pour donner à la fidélité patiente de tout un peuple comme le visage originel d’un très vieux couple.

En elle, les années pèsent, mais l’attente pourtant reste jeune, intacte, car elle rajeunit sans cesse à la lumière de l’espérance. Toute consacrée à l’écoute sacrée, nourrie de la parole de Dieu et patinée à sa vie de prière, l’âge avancé de cette veuve récapitule plus qu’une longue vie de femme : car derrière elle, se devine l’espérance séculaire du peuple de la promesse, inlassable à scruter l’Écritures et à guetter le Messie. Elle lui donne visage. En elle, c’est toute la première Alliance qui se recueille, suspendue intérieurement par la grâce de la révélation ?

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