Ensemble, ils baptisent

Samedi après l’Épiphanie (Année A)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 3, 22-30)

Concurrence baptismale ? Jusque-là, Jean dit le Baptiste avait en somme comme l’exclusivité. Mais, s’agissant du baptême, voilà soudain que Jésus de son côté s’y met aussi. De quoi semer la zizanie entre les adeptes de l’un et de l’autre et raviver l’esprit de chapelle ! On sent comme un trouble de part et d’autre du Jourdain ; on imagine bien les récriminations, elles sont si humaines. L’évangile s’en fait discrètement l’écho, on les entendrait presque : il faudrait s’entendre et savoir un peu qui fait quoi ! Mais c’est un fait : l’un et l’autre ont un temps baptisé de concert. Voilà donc que pendant quelques semaines Jean continue lui de baptiser près de Salim, tandis Jésus pour sa part commence à le faire en Judée.

Pas une concurrence en vérité, mais un bien touchant tuilage ! Car ce que commencent les uns, d’autres le reprennent, le poursuivent, l’accomplissent. C’est que le temps qui reste à Jean est compté. Quelle est poignante, cette petite incise que ménage l’évangéliste : or Jean n’avait pas encore été mis en prison. Ça ne saurait évidemment tarder. En baptisant en Judée, Jésus ne fait pas concurrence à Jean. Il ne le double pas, il lui rend secrètement hommage. De la charge baptismale de Jean, Jésus prend le joug, un temps ; comme pour signifier la passation mystérieuse et la profonde unité entre ce qui se passe à Aïnone et ce qui se passe en Judée, Jésus s’y met. Invisible travail de la grâce conjointe, convergence messianique profonde des deux ministères baptismaux. À distance, les deux hommes sont en vérité en intimité d’âme : c’est peut-être bien la dernière fois qu’ici-bas, une œuvre commune les réunit. Ensemble, ils baptisent. Et pour ce temps béni, le dernier, le fruit en est la joie ! Les Croix, elles, viendront bientôt.

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