Pas à l’œil… mais au cœur : l’autre regard

Lundi, 2° semaine du Temps Ordinaire (années paires)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 1, 14-20)

Pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité, des hommes très ordinaires, des pêcheurs du lac de Galilée ont croisé le regard de Dieu. Pesons ces mots : ils ont croisé le regard de Dieu ! Plus encore que des mots, ils ont senti la façon très bouleversante que le Verbe a d’abord de poser son incroyable regard sur nous. Passant le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André… avançant un peu, il vit Jacques et son frère Jean ! Il semble prendre son temps. Au bord du lac de Galilée, oui, ce jour-là, il est arrivé quelque chose de phénoménal ! À hauteur d’homme, des frères humains ont échangé avec Dieu un regard ! Voilà que soudain, ce terrible regard séculaire de Dieu, l’œil inquisiteur et culpabilisateur qui a fait trembler des générations, cet effrayant regard de Dieu que les hommes ont imaginé et tant redouté, censé aller jusque dans les tombes pour, accusateur éternel, y regarder toujours Caïn, ce regard, le voilà qui est descendu parmi nous pour nous laisser voir de près, enfin, l’incroyable tendresse avec laquelle depuis toujours il nous envisage et nous espère. Hommes et Dieu, les yeux dans les yeux. Les quatre de ce matin ne vont donc pas exactement suivre à l’aveugle un gourou qui exigerait un reniement radical de tout ce qu’ils étaient. Ce qui a dû être si puissant dans ce saisissant regard divin si pudiquement abaissé à hauteur d’homme, ce n’était ni une force magique spectaculaire ni une capacité clinquante de fascination, mais une incroyable tendresse et avec elle, quelque chose d’un mystérieux surgissement d’éternité. Dans ces yeux, oui, dans ces yeux-là, le large ! Le grand large ! Pas étonnant qu’il pose d’abord son regard sur des hommes de la mer qui, en matière de large, en savaient déjà beaucoup… Car c’est toujours à cette échelle mystérieuse de l’éternité que Jésus nous envisage. Il nous observe toujours sur fond d’éternité ; son angle à lui, c’est de mettre le Ciel à l’horizon de toutes nos embarcations si ordinaires. Oui, c’est émouvant quand on y pense, Dieu secrètement nous « contemple », il nous contemple toujours avant de nous appeler, et peut-être parfois longuement, patiemment, amoureusement, lui qui voit à travers la terre dont nous sommes pétris la lumière d’éternité dont nous brillons déjà.

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