Les prophètes aussi sont morts
Jeudi, 5° semaine de Carême (années paires)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 8, 51-59)
On les entend rire, et de plus en plus jaune, car c’est en effet un comble, et bientôt une insupportable provocation. Tu n'as pas encore cinquante ans et tu as vu Abraham ! Comment croire que ce tout jeune rabbi, formé naguère dans une modeste échoppe de Galilée, puisse avoir jamais vu le grand Abraham ? Leur réaction pourrait être la nôtre ! Pour qui te prends- tu ? Eux bien sûr, on ne la leur fait pas ! Abraham est mort, lui lancent-ils narquoisement, et les prophètes aussi. En vérité, leur cécité est double. Bien sûr que leur absence de foi leur fait manquer le mystère même de Jésus. Ils n’imaginent pas un instant la grâce surnaturelle qui fait étrangement de lui bien plus que le charpentier de Nazareth. Nous peinons si souvent à percevoir l’infini dans le fini, le mystère dans le très ordinaire. Mais, prêtons-y attention, ils trébuchent aussi sur une autre terrible surdité, qui leur empêche tout accès au mystère : croire qu’Abraham est mort, et les prophètes avec lui ! Ils ne vivent qu’au régime de la terre, où la vie s’arrête. Ils vénèrent Abraham, pieusement mais comme un patrimoine sacré bien plus qu’un vivant. Ils ne connaissent pas encore cette vie du Ciel où les générations sont contemporaines, et où, comme au Thabor, s’entend la conversation ininterrompue de Dieu avec Moïse, Elie, Abraham et tant d’autres. Une fréquence leur manque. La fréquence d’avec les aïeux, pour une très vivante fréquentation. Beau cas d’école ici : comme si, pour bien deviner Dieu, il fallait d’abord commencer à douter sérieusement de la mort.
Commentaires
Enregistrer un commentaire