L’homme endormi
Saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 1, 16.18-21.24a)
Pour laisser Dieu créer, depuis son côté, l'aide féminine dont il aura secours, Adam déjà avait été plongé dans la torpeur : création très mystérieuse de la femme donc, à laquelle Adam n’assiste pas, comme pour en préserver le mystère… Et c’est dans un même sommeil (hupnos) que Joseph à son tour reçoit les paroles de l’Ange. Quand une femme approche, toujours ce mystérieux endormissement de l’homme, si fréquent dans la Bible (Abraham, Booz encore et tant d’autres). Toute une lignée de beaux dormeurs en instance de noces ! A l’évidence ici, évidemment pas une bonne sieste ! Le sommeil y est réparateur, mais de bien plus que la seule fatigue. Dormir n’est pas alors une absence au monde, mais comme un étrange état de conscience modifiée dans lequel va culminer en vérité une réceptivité très profonde. Un accès à ce plus intérieur de nous, où Dieu précisément se tient, et nous parle à l’intime. Joseph ne connaissait que le mariage, ses règles sociales, ses conventions, et la prévalence de l’homme pour en régler l’usage. Et si c’est dans le tréfond de son âme, à un autre étage de l’être que l’homme Joseph alors est convoqué, c’est pour lui donner pleinement accès à la nuptialité. Pendant qu’il dort, de l’intérieur Dieu va le pétrir et lui en disposer l’accueil : la nuptialité, faite de confiance et de don de soi, et seule capable de donner au mariage sa vraie finalité. Une nuptialité magnifique, voulue par Dieu, et très nécessaire pour unir intimement Joseph et Marie en vue de la Vie : comme si les noces de ces deux-là avaient part aussi au mystère même de Celui qui se présentera un jour comme l’Époux, et que des femmes rencontreront au matin de Pâques. Et c’est par ce Fils mystérieux reçu ce jour-là à l’intime de lui-même (c’est son annonciation à lui !) que Joseph, ce fils de David endormi en profondeur, va se configurer lui-même au Fils ! Et c’est aussi parce que Joseph est désormais pleinement époux qu’il devient, au même titre que Jean Baptiste mais différemment, un éminent précurseur du mystère du Christ, Fils et Époux. En cette belle fête de Saint Joseph, entrons donc avec lui dans ce sommeil-là, pour y laisser la grâce agir aussi en nous, dans un profond et fécond travail intérieur. Ce beau sommeil du songe de Joseph, biblique et originel, en vérité très puissamment créateur et capable d’abolir tant de nos peurs, de nos conventions et préventions, et de toutes ces pauvres limites qui contiennent la liberté et la vie. Aujourd’hui encore, puisse l’heureux Joseph, qui les y a reçues ce jour-là en dormant du sommeil du juste, du mystère et des Noces et du Fils, nous partager l’accueil, l’intelligence vraie, et l’immense joie !
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