Surgir de Galilée

Lundi, 4° semaine de Carême (année A)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 4, 43-54)

Seigneur, descends, avant que mon enfant ne meure ! Certains traductions modernisées de l’Évangile veulent donner plus de vie à ces scènes, au risque de banaliser certains termes : Seigneur, viens vite avant que mon enfant meure. Pour une série télé, c’est intéressant : On dramatise un peu, on y voit mieux l’urgence de la demande du fonctionnaire, on entend son angoisse ! Viens vite ! Ça urge, en effet. Mais ce qu’on gagne en pittoresque, on le perd en profondeur. Katabaino : c’est le mot grec que l’évangéliste met dans la bouche du fonctionnaire. Descends ! Pas n’importe quel verbe ! On le trouve plus de 80 fois dans l’évangile. Car dans les évangiles, la « descente » apparemment est au programme. Au baptême de Jésus déjà, l’esprit descendit (katabaino) sur lui. De toutes les montagnes (Thabor, Béatitudes), Dieu descend. Au gré des chemins, Jésus ne cesse de descendre : dans nos maisons, dans nos vies, dans nos cœurs. A tel point qu’un narquois provocateur, qui se croit malin, l’invectivera au Golgotha : si tu es Dieu, descends de la croix (Katabaino, là aussi) ! Pouvait-il comprendre que ce serait bien la seule fois où Jésus ne descendrait pas…

Seigneur, descends, avant que mon enfant ne meure ! Parce que tu arrives de Judée, bien sûr. Parce qu’il te faut venir, toi le Rabbi d’Israël, dans la maison d’un goy. Mais aussi parce que je sais que tu es l’homme de la grande katabase, cette descente aux enfers que les épopées grecques imaginaient pour leur héros partis à la rencontre des morts. Y-a-t-il plus bel acte de foi ? Ce fonctionnaire est royal car il a tapé juste : Descends ! Un seul mot (katabaino), mais le bon, qui concentre tout le mystère du Christ. On comprend mieux qu’il a produit d’emblée la guérison ! Viens vite ? La traduction parfois utilisée n’était pas fausse, mais est-elle vraie ?

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