La nourriture qui demeure

Lundi, 3° semaine du Temps Pascal (année paire)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 6, 22-29)

Hier, il n’avait pas le cœur de les laisser avoir faim. Au risque d’un succès populaire et d’une renommée qui n’est pas celle qu’il cherche, il a alors pris sur lui de multiplier les pains et de les nourrir, à grande échelle ! C’est si touchant de voir comment il prend en compte nos besoins les plus ordinaires. Mais en secret, il nous attend toujours : pas au tournant ! Mais dans une relation profonde, d’ami à ami ! Aujourd’hui ainsi, de ces pains mangés hier, à l’inverse, il leur ferait presque reproche : vous avez mangé de ces pains, vous avez été rassasiés ! Moins un reproche d’ailleurs qu’une légère tristesse : vous venez à moi parce que je vous apporte nourriture, mais qui parmi vous me devine ? Qui me voit ? Qui comprend ? Il peut arriver que ce que Dieu nous donne de bon nous empêche de le rencontrer, lui… De ne voir en lui qu’un très puissant prestataire de service. C’est si facile de manger du pain, et si difficile de voir des signes. Voir des signes ! Être attentif à lui ! De cette attention, si malaisée à notre humanité blessée et indisponible au mystère, cette attention qu’a tant méditée Simone Weil, et dont elle sait bien qu’elle est le porche le plus sûr à la prière. L’estomac plein, de fait, n’y prédispose guère. Jésus a pourtant calmé leur faim de pain, mais pour les affamer d’autre chose ! Quelle est donc cette autre nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle ? Jésus voudrait tant que nous y pensions. Sérieusement. Il voudrait tant que nous ne fassions pas seulement bombance, mais attention. Qui alors, l’ayant deviné, était prêt à manger de ce pain-là ?

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