La voix du jardinier

Mardi, dans l'octave de Pâques

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 20, 11-18)

Le christianisme n’est pas d’abord une morale, ni un embourgeoisement de la foi, propre comme au XIXème siècle à mettre surtout en avant les bonnes dames patronnesses qui font l’aumône. Plus que dans la respectabilité sociale, la vraie foi rayonne dans la chair, quand bien même celle-ci se serait d’abord perdue dans la prostitution. Rahab déjà, la putain de Jéricho, sera la mère de Booz et entrera dans la lignée des matriarches qui feront la généalogie du Christ. Jésus le déclare clairement dans l’Évangile de Matthieu (21, 31) : les prostituées entrent avant vous dans le royaume de Dieu . De quoi dérouter tous nos repères habituels ! Est-il dès lors si étonnant qu’il réserve à Madeleine la première de ses apparitions de Ressuscité ?

On connaît la méprise au petit matin. Elle le prend pour le gardien, ou le jardinier. Comme si remontait à la mémoire, par son erreur, l’épisode d’un autre jardin, originel celui-là, le jardin d’Eden : histoire de solder une vieille affaire. Au premier regard, elle n’identifie pas d’emblée Jésus. Inattention de Madeleine ? Ou plutôt délicatesse du Ressuscité, qui voile encore sa gloire et tamise sa splendeur pour ménager l’œil humain, lui laisser du temps pour s’accommoder. Dieu n’en finira jamais de se mettre à notre portée. Mais à la voix, plus aucun doute. « Marie ! » Les brebis connaissent la voix du berger.

Puisse chacun de nous entendre un jour cette voix du Ressuscité, le grain d’une voix si douce et ferme. A chacune de nos Pâques, au jardin de tous nos tombeaux, elle est là qui attend, pour prononcer notre nom, et nous assurer que la mort n’a pas le dernier mot.

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