Retour de pêche
Vendredi, dans l'octave de Pâques
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 21, 1-14)
Qu’il a dû être lourd, ce retour de pêche au petit matin. Les Apôtres étaient rentrés en Galilée, ils avaient fini par quitter Jérusalem, car il faut bien que la vie continue. Les filets étaient toujours là, rangés à leur ancien emplacement : en les sortant des caisses, une terrible impression a dû les saisir : celle de revenir en arrière, de repartir à zéro, comme si rien ne s’était passé. Que faire maintenant ? Il est d’autant plus beau, ce sursaut de vie, cette ferme résolution de Pierre, pleine d’allant, rompant alors un silence que l’amertume menaçait : Je m’en vais à la pêche. Il en a fallu du courage à ce moment-là pour tirer la barque et ré-empoigner ainsi le quotidien. Nous allons avec toi. Entrain communicatif de Pierre : pas un de ses compagnons ne manquera à l’appel et tous montent finalement avec lui dans la barque de l’ordinaire retrouvé. Jésus déjà est sur le rivage ; il les observe avec tendresse, ses hommes de Galilée que depuis longtemps il n’appelle plus serviteurs mais amis. Pierre, Thomas, Nathanaël, les fils de Zébédée, il les connaît bien. Il les regarde se dépêtrer avec les filets de l’existence ordinaire. Leur limite humaine, trop humaine, il la mesure bien. Dans leur absence de perspective, il reconnaît leur manque ordinaire de foi et d’espérance. Mais il voit aussi leur bonne volonté, leur bonne volonté d’hommes, de pêcheurs de Galilée, vaillants à l’ouvrage, et il en est touché. Non, il ne les abandonnera pas. Il ne les laissera pas s’égarer sur ce chemin du retour à la case départ qui, pour eux qui ne le savent pas encore, ne peut pas être le bon. Même ressuscité, il se tient encore à hauteur d’homme. Il ne se lassera décidément jamais de les enseigner et de les appeler, de les appeler et de les enseigner, d’un même mouvement et d’un même cœur, infatigable. Les rives du Lac de Galilée… Là où, une toute première fois, il était venu ici même les chercher. Il les regarde alors de loin, il les regarde de près, ces compagnons revenus ici charger comme autrefois les filets dans la barque. Pour l’instant, il les laisse encore faire, seuls.
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