Rabbi, regarde !

Vendredi, 8ème Semaine du Temps Ordinaire

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 11, 11-25)

Pierre est si touchant, si humain : il n’en croit pas ses yeux en repassant le lendemain devant le figuier ! Rabbi regarde ! Non d’une pipe ! Ce que tu dis se réalise : le figuier que tu as maudit est desséché ! Ce n’était donc pas une blague ! Il n’en revient pas ! Quant à comprendre, c’est encore une autre histoire… Car s’il s’agissait de prouver l’efficacité de la prière, il aurait plutôt imaginé l’inverse, et nous avec lui : un figuier desséché auquel Jésus va par sa seule parole rendre du fruit ! Pas simple, l’histoire du figuier, Pierre n’en revient pas ! C’est vrai qu’on préfère Jésus bénissant que maudissant, et cette imprécation nous déroute : Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! On ne comprend pas bien ce qui se passe, pas plus que les disciples. On serait même tenté de se faire un brin l’avocat de ce pauvre figuier, qui ne pouvait, selon toute apparence, donner du fruit hors saison.

Jésus avait faim, mais il n’était ni dans le caprice de la toute-puissance, ni l’impatience. Que s’est-il passé alors, entre lui, créateur du monde, et ce morceau de la création qu’est cet arbre face à son créateur ? Un végétal qui, devant la faim très humaine du Dieu originel, n’a pas trouvé à plier sa loi naturelle, docile aux saisons mais indocile à la grâce ? Y-a-t-il, dans la création blessée elle aussi par la chute, des lieux naturels de résistance à Dieu, des points de fermeture, invisibles à l’œil nu mais visibles au cœur de Dieu ? Quel est donc ce figuier, réalité ou image du refus de la fécondité ? Ce figuier qui ne mesure pas qu’il est face au Christ, et que tout est possible à celui qui est l’alpha et l’oméga si on le laisse faire. Ce figuier qui ne croyait qu’aux saisons, pas aux miracles.

Qu’est-ce que maudire sinon que de dire, en vérité, qu’il est parfois des chemins mauvais, refermés sur eux-mêmes et stériles, qui ne portent et ne porteront en effet jamais de fruits. Pierre a dû passer bien du temps à y réfléchir, et nous avec lui, et à comprendre finalement la mystérieuse part du figuier entêté et fermé à son propre dessèchement.

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