Vous la boirez
Mercredi, 8ème Semaine du Temps Ordinaire
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 32-45)
Encore un incroyable et terrible malentendu, poignant en vérité ! Jésus prend son souffle, un dernier souffle d’amour pour « monter à Jérusalem » où il va livrer sa vie. Mais qui le sait ? Qui le comprend vraiment ? Monter à Jérusalem, c’est forcément monter vers la Gloire ! Erreur de perspective tout humaine. Qui donc imagine la Croix, qu’il ne cache pourtant pas ? Au moment de ressaisir une dernière fois sa vie et sa mission, Jésus se tourne alors vers ses fidèles compagnons de route, qu’il prend auprès de lui. Il désire intensément leur partager ce qu’il va vivre dans les heures qui suivent. Aucun pathos. Clairement, il dit les choses, avec des mots simples, trop simples pour qu’ils mesurent vraiment de quoi il parle. Lui, il sait bien qu’ils se déroberont, tous. Il a si soif de leur amour. Ce qu’il criera sur la Croix, « J’ai soif ! », il leur dit là, comme à voix basse. Voici que nous montons à Jérusalem. La montée, il la finira bien seul … La confiance qu’il fait ici à ses apôtres est bouleversante. Sans détour, il expose clairement l’épreuve des jours à venir, il ne dissimule rien du drame de la Croix, il ne voile pas non plus l’espérance de la résurrection. Que pouvait-il attendre à ce moment précis de ces hommes qui le suivent depuis des mois ? Comment ne pas imaginer au cœur du Christ l’attente secrète d’une communion intime, au moins d’une attention, d’une compassion de leur part. Voici que nous montons à Jérusalem. Que d’émotion dans l’emploi résolu de la première personne du pluriel.
Et c’est au sommet de ce moment de confidence que surgit soudain une demande intempestive mais émouvante d’humanité, qui vient parasiter cet échange d’une gravité rare. C’est à cet instant que deux disciples, pas des moindres, viennent demander une bonne place, bien en vue ! Siéger à la droite et à la gauche du Christ ! Comme s’il s’agissait d’un privilège, alors qu’il s’agit de donner sa vie, ce qui est toujours plus difficile. Que font-ils les malheureux, sinon que révéler notre péché à tous, chaque fois que nous sommes occupés de nos petits avantages personnels, sourds à la compassion et aveugles devant le mystère. Les deux garçons rachètent un peu l’incongruité de leur demande par l’élan qu’ils mettent à s’engager. Les deux apôtres font montre alors d’une belle mais bien naïve vaillance ! Eux aussi, disent-ils, ils boiront la coupe ! Sans se fâcher, inlassablement, Jésus se fait serviteur de leur pauvre humanité. Il explique, réexplique encore, ce que leur cœur peine tant à comprendre. Divine patience. Car c’est la tendresse de Dieu qui l’emporte alors. Loin de les disqualifier, il les reprend, mais à tous les sens du mot : Oui, ma coupe, vous y boirez, vous aussi…
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