Jésus appela la foule

Mardi, 18ème Semaine du Temps Ordinaire

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 15, 1-2.10-14

Pour raconter cette scène, avouons que l’évangéliste dispose un assez curieux montage : cinématographiquement, on imaginerait bien le champ contre champ d’un dialogue. Gros plan d’abord sur les scribes et les pharisiens, venus de Jérusalem et tout suintant encore d’un voyage empressé pour récriminer à l’envi face à ce jeune rabbi vraiment bien dérangeant ! Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet, ils ne se lavent pas les mains avant de manger ! En réponse, du tac au tac, on attendait alors le gros plan sur Jésus, la réplique qui allait les moucher et décapsuler brillamment leur verrouillage intérieur. (On s’en réjouirait presque par avance !). Mais voilà que le raccord pose ici problème, et le champ contre champ du dialogue déraille. On perd le face à face, et forcément le plaisir escompté de la joute. Alors, nous dit Mathieu, curieuse réponse en vérité, Jésus appela la foule et lui dit. Les pharisiens en seront donc pour leur frais. Comment comprendre que Jésus les destitue alors comme destinataires de sa parole et leur préfère soudain la foule ? Ils repartiront pourtant scandalisés, comme l’en informent ensuite les apôtres. Mais qu’est-ce qui les scandalise le plus ? Seulement des mots, qui ne leur conviennent pas, ou la posture énonciative, comme disent les linguistes ? Plus que ce qui est dit, ce qui compte ici, c’est la position de la caméra pour le bon placement d’un dialogue : en vérité, un échange à trois. Dieu déboute leurs prérogatives, ils ne sont plus pris à témoin ; les voilà hors-jeu, on ne parle d’eux qu’à la troisième personne ? Quel défi pour eux, et quel chemin ! Ils ont à déposer…Mais ce chemin, le prendront-ils ? Qui donc est ce Dieu pour leur préférer la foule, à laquelle ils ne veulent décidément pas prendre part ? Ce n’était pas si difficile… Pour devenir disciple, juste un meilleur placement ! Se mettre plutôt côté foule. Mais pour eux, de quoi enrager, en effet !

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