Qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël

Mercredi, 18ème Semaine du Temps Ordinaire

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 15, 21-28)

Jésus ne fait-il donc pas ce qu’il dit ? Il oppose d’abord une fin de non-recevoir aux supplications de cette non-juive venue l’implorer pour sa fille. Aux disciples qui le pressent d’intervenir sans trop de distinguo, il répond clairement qu’il « n’a été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ». Ne se laissant pas détourner de sa mission envers ses coreligionnaires, il finit par céder devant l’insistance de cette femme. Capitulation débonnaire ? Ses paroles déroutent cependant : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. Comment comprendre ?

Ce n’est évidemment ni mépris ni dureté vis-à-vis de cette femme. D’ailleurs, « à l’heure même » (comme pour dire « sans hésitation »), il va guérir sa fille. Mais plus encore que le bien qu’il fait sans compter autour de lui, Jésus semble vouloir ici témoigner de quelque chose. Il n’ignore certes pas que l’élection d’Israël va s’ouvrir aux largeurs de l’Église. Pourtant, avant de manifester la sollicitude universelle de Dieu, Jésus n’en démord pas : son souci premier, son obsession presque, ce sont « les brebis perdues d’Israël ». Se joue donc là quelque chose d’essentiel.

Préférence divine insupportable ? Plutôt un mystère, le mystère même d’Israël, que l’incarnation n’est pas venue disqualifier. Comme si le salut ultime du reste du monde lui restait mystérieusement « subordonné ». Et c’est sans doute dans ce grand mystère d’aînesse que la cananéenne, par grâce, est alors entrée, très profondément.

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