Si le grain ne meurt

Saint Laurent, diacre et martyr

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 12, 24-26)

La haute théologie de Jean se nourrit d’une grande sensibilité écologique, à laquelle Jésus a dû largement contribuer ! Ainsi de l’image du grain tombé en terre, une merveille de contemplation pour nous aider à comprendre la résurrection. Il y a une donc une grande différence entre le grain et l’épi, le sac de semence et la moisson abondante. Et entre les deux, la mystérieuse nécessité d’une forte discontinuité : ce que tu sèmes ne prend vie qu’à condition de mourir, dira saint Paul en écho (I Co, 15,36). La semence doit donc mourir comme semence pour que se produise le miracle de la germination. La discontinuité visible entre le grain et la plante est bien réelle mais n’occulte pas une continuité biologique : le grain se prolonge dans la plante. Plus profonde que la discontinuité créée par la mort se tisse une continuité de l’être. La possibilité de la germination, sa faisabilité s’appuie donc sur le pourvoir créateur de Dieu. Et ce qui s’observe dans la nature trouve son analogie dans la destinée humaine. La résurrection n’est pas un final invraisemblable, plaqué après coup pour ménager in extremis le happy end. Elle prend racine aux secrets de la création, dont elle vient transfigurer les lois sans les contrarier. Comme pour le grain de blé, on retrouve la continuité du sujet dans la discontinuité du corps et de son apparence. La mort est bien rupture, mais elle n’est pas fin : elle ouvre à un changement radical, sans perdre trace de l’origine de ce qu’elle détruit. Au petit miracle de la germination répond presque naturellement le grand miracle de la résurrection !

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