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Les œuvres que le Père m’a donné d’accomplir

Jeudi, 4e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 5, 31-47) Qui donc est Dieu ? La question est ancienne. C’est avec la venue du Fils que le visage du Père se révèle vraiment. Dans cet évangile, on voit un Jésus intarissable. Il voudrait tout nous dire du Père. Tout nous faire comprendre, de leur amour et de leur dessein de salut sur l’humanité. A cœur ouvert, il nous livre totalement un grand mystère : celui de sa relation intime au Père. Et pas seulement pour nous en informer, mais pour nous y introduire ! Jésus n’est ni un sage ni un gourou, il n’est pas à son compte ! Il ne vient sur terre qu’en vue de ce dévoilement du Père et pour nous donner accès à lui. Au fond, il vient vivre sous nos yeux la plénitude de la filiation divine. La meilleure image de Jésus ? Peut-être

Exercer le jugement

Mercredi, 4e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 5, 17-30) Reconnaissons-le : pour nous introduire plus avant dans le mystère trinitaire et le dessein de Dieu, ce passage n’hésite pas à nous dérouter. Pauvres juifs qui entendent ce morceau d’une telle intensité ! Nous ne sommes guère plus avancés. C’est que Jésus, avec un cœur qui déborde, veut nous dire tant de choses à la fois ! Le Père, le Fils : on ne sait plus bien qui est qui et qui fait quoi ! Une lecture rationnelle, un tantinet exigeant philosophiquement, ne manquerait pas de pointer les contradictions, les incohérences. Laissons donc la lecture « philosophique » et tendons quand même l’oreille. Au nombre des merveilles à bien « capter » dans un tel discours (à côté de celle de la résurrection des morts !), celle-ci, parmi d’autres. Une affirmation décisive, propre à défaire à jamais ce que les hommes de toute époque et de toute culture, rongés par la culpa...

Trente-huit ans

Mardi, 4e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 5, 1-16) Quelques détails concrets, pour incarner la scène. L’évangéliste nous la situe avec précision. Jérusalem, Porte des Brebis. Fameux endroit, fréquenté depuis longtemps : c’est la piscine de Bethzatha. C’est déjà très émouvant de voir comment Jésus perçoit d’emblée cet homme et sa détresse, et court-circuite tout le protocole des ablutions qui disqualifiait ce pauvre infirme dépourvu d’assistance, jamais à flot quand l’eau bouillonnait. Dis seulement une parole… Devant Dieu, aucun bouillon, aussi ancien et bienfaisant soit-il, ne prévaut ni n’empêche. Mais le plus touchant dans cette page, c’est

Ton fils est vivant

Lundi, 4e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 4, 43-54) Si vous ne voyez pas de signes ou de prodiges, vous ne croirez donc pas ! Avec quelle intonation Jésus a-t-il bien pu prononcer cette phrase ? Un brin d’irritation dans la voix face à notre besoin irrépressible de spectaculaire ? Regret et tristesse devant notre difficulté à croire sans voir ? Pas sûr. Il connaît son monde et sait nos surdités comme nos aveuglements. Cette misère des hommes sur laquelle il butera toujours, jusqu'au pauvre Thomas, il ne la découvre pas en Galilée ! Elle est de toutes les géographies. Gageons plutôt que cette petite phrase, il l’a prononcée avec beaucoup de compassion et de tendresse. Car à cet instant devant lui, il y avait

L’homme juste

Samedi, 3e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 18, 9-14) Les pharisiens étaient pour beaucoup des juifs très bien élevés. Trop bien élevés ? Ils croyaient ainsi en l’élévation, peut-être plus qu’en Dieu. Ils pensaient, pas tout à fait à tort, que la Loi nous somme de ne pas en rester dans nos vies aux bassesses humaines, qui contrarient notre désir d’ascension vers le bien. Ils s’exerçaient ainsi à ne pas voler, à ne pas être injustes, ni adultères. Le pire, si l’on ose dire, c’est qu’ils y parvenaient ! Sauf pour quelques hypocrites, l’élévation était souvent au terme de leurs efforts, au rendez-vous de leur ascèse. Et naturellement, leur prière se colore alors d’une belle action de grâce : ils n’oublient pas même de remercier Dieu pour une si belle trajectoire. Mais Dieu n’est pas une cime à atteindre, un sommet à conquérir, ni un record à battre. Eux ne le comprennent jamais que comme le Très Haut. Devant l’enfant...

Comme toi-même

Vendredi, 3e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 12, 28b-34) C’étaient des hommes de Dieu, des juifs épris de discussions et de débats, qui voulaient savoir comment répondre avec toujours plus de justesse aux commandements de Dieu. Il est émouvant ce scribe qui s’adresse à Jésus. Pas forcément pour ne le coincer ni le mettre à l’épreuve. Peut-être veut-il avoir aussi la réponse d’un interlocuteur apparemment sérieux, l’avis d’un rabbi qui, de toute évidence, a des choses à dire. Une vraie interrogation qui n’est pas d’abord un test. Au fond, comment récapituler légitimement toute la Loi ? Quel est le commandement le plus important ? Belle question.

Le règne de Dieu est venu jusqu’à vous

Jeudi, 3e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 11, 14-23) Guérison miraculeuse d’un muet. Sans doute assez émouvants, ces tout premiers mots d’un homme si longtemps empêché de parler ! Quels furent-ils ? Les premiers d’un homme enfin libéré de sa misère… Les foules furent, on le comprend, dans l’admiration . Mais de l’admiration, certains parmi eux ont perdu la vertu, et sont d’emblée dans la discutaille. C’est à peine s’ils font attention au miracle. Ont-ils seulement vu cet homme, emmuré sans doute depuis des années dans son mal ? Ont-ils compati à sa souffrance, participé à sa joie ? Là n’est pas leur souci. En un sens, ils n’ont pas tort. Ils ne se laissent pas impressionner par le spectaculaire. Ce sont hommes de rectitude, ils ne veulent pas se laisser abuser. Un prodige certes, mais à quel prix ? Ils veulent savoir pour qui roule ce jeune rabbi et d’où lui vient son pouvoir exceptionnel. Leur souci de vérité e...

Accomplir

Mercredi, 3e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 17-19) Parlant ici explicitement de la loi juive, des commandements et de tout ce que les Prophètes ont fait entendre de Dieu, Jésus le dit très clairement : Je ne suis pas venu abolir mais accomplir . Cette parole de Jésus ferme définitivement la porte à tout marcionisme. Mais peut-être est-elle bien davantage qu’un simple éclairage théologique décisif sur les rapports entre la première et la seconde alliance. Cette parole livre quelque chose de plus profond du cœur de Dieu et de son dessein d’amour sur les hommes. Elle révèle un peu de son mystère, du mouvement même de son être, qui est de toujours venir, et advenir. Oui, Dieu est celui qui vient, celui qui est venu et qui viendra encore. Dieu vient, mais pour quoi ?

Bien traduire…

Annonciation du Seigneur Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 26-38) Car rien n’est impossible à Dieu . La réponse, même angélique, n’est-elle pas un peu rapide ? Presque expéditive, voire convenue. Forcément ! A Dieu… rien n’est impossible, il n’y a qu’à avoir la foi ! Ça irait nécessairement de soi : il faut s’en remettre à sa toute-puissance, c’est tout, au risque de congédier un peu vite la question, comme si elle était de trop, un brin déplacée. Elle est pourtant magnifique, cette parole de la jeune femme, vibrante de vie, de liberté, de prudence. Marie n’est pas béni-oui-oui, programmée pour une obéissance servile ! Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? Est-ce du doute ?

La Synagogue de Nazareth

Lundi, 3e semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 24-30) Hommage à sa vie d’homme ? Au début de sa vie publique, Jésus veut revenir à Nazareth. Nazareth, ses rues, ses maisons, ses odeurs, ses cris, il les connaît bien. Il y a des souvenirs, ceux de son enfance. Il aime les gens d’ici, il aurait aimé être compris, là au moins. Il n’en sera rien. Il le savait bien. Il est venu, quand même. A la synagogue, il va lire dans le livre d’Isaïe, et laisser entendre qu’il est le Messie.  Il leur fait ce cadeau. Cette parole de l’Écriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Il va prononcer devant eux, les siens, cette phrase incroyable, violemment blasphématoire si elle est fausse. Un court instant, les fidèles de la synagogue vont rester en admiration. Un très court instant ! Car ils sont vite repris par la méfiance. Le fils du charpentier, le Messie d’Israël ? Ils ne peuvent pas y croire ! Ils ne peuvent pas croire pas en...

Il le couvrit de baisers

Samedi, 2° semaine de Carême (22 mars 2025) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 15, 1-3.11-32) Il le couvrit de baisers. Une scène que l’on connaît bien, que l’on a souvent imaginée. Un vieil homme, un œil sur les affaires courantes, il faut bien que la vie continue. Mais l’autre constamment fixé sur l’horizon, rivé indéfectiblement au chemin, guettant dans le lointain une silhouette que lui seul espère. Et soudain, il arrive. Est-ce bien lui ? Le père n’hésite guère. La compassion s’accumulait secrètement en lui depuis tant de mois, elle le déborde maintenant, elle l’envahit. Le vieux ne tient plus en place : « il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers » . Voit-on assez les baisers du père recouvrir le fils ? Car avant de le revêtir d’habits neufs, il l’enveloppe de tendresse. Pas un seul mot, juste des baisers paternels. Qui dit que les hommes sont parfois trop pudiques ? Grand drame de l’histoire humaine : il y a quelque chose de ...

De qui parlait-il ?

Vendredi, 2° semaine de Carême (21 mars 2025) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 21, 33-43.45-46) Ils avaient bien compris qu’il parlait d’eux : eux, c’est-à-dire les grands prêtres et les pharisiens ! Ils ont en effet de quoi se sentir un peu visés, car ils ne sont pas bien en paix avec leur conscience. La promesse pluriséculaire à Israël, eux l’ont tellement trahie ! Dieu n’en fera pas autant. Car les élites du Temple à eux seuls ne sont pas Israël ! Pour Dieu, il ne s’agit pas de disqualifier un peuple pour le remplacer par un autre : cette théologie de la substitution qui a fait fortune n’est en vérité pas ajustée au dessein profond de Dieu, dont les promesses sont sans repentance. Benoît XVI a eu cette bouleversante formule, qui clôt des décennies d’égarement :

Envoie Lazare me rafraîchir la langue

Jeudi, 2° semaine de Carême (20 mars 2025) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 16, 19-31) Envoie Lazare me rafraîchir la langue. Une parabole pour anticiper sur la morale des Plaideurs : « Tel qui rit vendredi dimanche pleurera » ? Jésus nous exhorte surtout à prendre au sérieux notre passage sur terre, tant l’éternité vient secrètement frôler chacune de nos journées. Un jour, il sera trop tard. Trop tard ? Un abîme infranchissable sépare les deux hommes. Mais plus puissant que le seul verdict de la morale, l’amour du Christ Rédempteur. Parions sur ce soi-disant

Quand il eut douze ans

Mercredi, 2° semaine de Carême (19 mars 2025) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 2, 41-51a) Quand il eut douze ans. Jésus grandissait bien. À Nazareth, c’était vraiment un bon petit gars. Dans ce village paisible de Galilée, la vie s’écoulait, douce. L’atelier de Joseph ne désemplissait pas et l’enfant venait souvent y regarder son père travailler. On aurait presque dit qu’il priait. Le sabbat chaque semaine scandait le temps de la petite famille. Toutes les émotions autour de la naissance de Jésus semblaient si lointaines maintenant ! Il arrivait même au bon Joseph de se demander s’il n’avait pas rêvé. La vie était redevenue si normale. Où donc était Dieu dans tout ça ?

A personne le nom de père

Mardi, 2° semaine de Carême (18 mars 2025) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 23, 1-12) Ne donnez à personne sur terre le nom de père. Cet avertissement du Christ, on l’a longtemps lu à la légère, sans y prêter vraiment attention. Comme un préambule tout rhétorique à ne surtout pas prendre à la lettre, juste utile à mettre en valeur une seule et unique paternité, celle de Dieu. On continue à appeler père ceux qui en exercent la responsabilité. On aime ainsi gratifier nos prêtres et nos évêques du nom de père . Et pourtant ? Ne donnez à personne sur terre le nom de père. Après tous les scandales dans lesquels des clercs ont manipulé des consciences et frelaté le nom de

Mesure pour mesure

Lundi, 2° semaine de Carême (17 mars 2025) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 36-38) Un petit paragraphe d’évangile superbement scandé, avec à la clé, en maître mot, le beau « comme » d’un vigoureux appel à ressemblance : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. » S’ensuit une bouleversante invitation du Christ à trouver dans nos vies la bonne, l’exacte mesure : magnifique pulsation stylistique, cadence musicalement balancée du propos, où il tente de nous faire entrer dans le mystère d’un incroyable rapport. Ne jugez pas / et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas / et vous ne serez pas condamnés. Donnez / et vous recevrez. C’est d’abord une affaire de

L'heure du Thabor

Dimanche, 2° semaine de Carême (année C) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 28b-36) Frères et sœurs, la Transfiguration que l’Eglise nous propose de contempler le 2ème dimanche de carême n’a rien d’un grand spectacle, rien d’une thaumaturgie ostentatoire dans laquelle Dieu ferait montre de sa toute puissance pour nous convertir en nous impressionnant. Il n’est pas dans le cœur de Dieu, de notre Dieu, de se donner à nous en nous séduisant, encore moins en nous impressionnant ou, comme on dit aujourd’hui, en nous en « mettant plein la vue ». La Transfiguration est bien plutôt comme une délicatesse de Dieu, une sollicitude, une miséricorde que Jésus fait à trois de ses disciples. Car, dans cette ascension du mont Thabor au sommet duquel Jésus va faire entrer ces trois-là dans un petit aperçu d’éternité, c’est secrètement l’ascension du Golgotha qui se dessine en filigrane, et qui est en jeu.

Aimez vos ennemis

Samedi, 1° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 43-48) Priez pour ceux qui vous persécutent , ça va encore ! Avec un petit effort, soutenu par une morale chrétienne solide et la conviction que la prière ne fait jamais de mal à personne, ni à celui qui la fait, ni à celui qui en bénéficie, fût-ce un ennemi, on peut à la rigueur consentir. Mais aimer ses ennemis ! Comme les épinards ou le céleri pour certains, on aime, ou on n’aime pas ! Rien à faire. Les ennemis ne sont pas du tout aimables, alors comment comprendre cette demande ? Jésus qui n’est pas un post-moderne sait bien que l’amour ne s’évalue jamais à ce qu’on en éprouve mais à ce qu’on y décide. Le feeling n’y peut rien ! Aimer vraiment est un acte libre de la volonté, pas un état ni un ressenti. Notre époque très romantique ne sait hélas plus qu’aimer

Jusqu’au dernier sous

Vendredi, 1° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 20-26) Tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. Est-ce vraiment Jésus qui parle, ou un créancier impitoyable, qui monnaie au centime près la moindre remise de peine, sanctionne sans prescription ni amnistie tout manquement à la charité ? Jésus se montre apparemment impitoyable. Obtenir quitus pour entrer dans le Royaume des cieux supposerait donc des conditions drastiques. De fait, Jésus énumère les grandes exigences de la justice divine. Est-ce pour nous menacer, nous effrayer ? En vérité, l’urgence est davantage de nous

Demandez, on vous donnera

Jeudi, 1° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 7, 7-12) Un vieux fond de scepticisme, indéracinable, est accroché au cœur de l’homme. Demandez, on vous donnera ! On le répète après Jésus, mais y croit-on vraiment ? Avec quelques bribes de catéchisme, on a une réponse toute faite, un kit argumentatif opposable qui, au besoin, servira d’excuse à toutes ces demandes où, de fait, nous n’avons rien obtenu. Notre demande n’était en vérité pas la bonne. Dieu ne donne que ce qui est bien pour nous, pas forcément ce que nous demandions . Dont Acte. Mais on finit par se résigner. Jésus, lui, ne dit rien de cela. Pas de phraséologie pour aménager au mieux les déceptions de nos demandes inexaucées ou préciser les conditions nécessaires, morales ou spirituelles, des demandes dûment recevables. Ces paroles d’Évangile s’adressent au

La Reine de Saba se dressera

Mercredi, 1° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 11, 29-32) Faut-il croire que la Reine de Saba est gardée en réserve pour nous condamner au jour du Jugement ? Va-t-elle se lever, telle une Érinye grecque, pour jeter sur nous des paroles de malédiction ? Ce qui nous condamnera, en vérité, c’est simplement la comparaison. Car quand elle se lèvera, on verra la beauté de l’Étrangère, venue un jour des extrémités du monde pour écouter la sagesse de Salomon. Parure d’éternité, la splendeur de son attention au mystère de Dieu la revêtira. Comme la fiancée du Cantique des Cantiques , elle resplendira de la figure de l’Église-Épouse. Nous qui croyons être de la maison royale, avouons que

Ne rabâchez pas

Mardi, 1° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 6, 7-15) Moins une injonction qu’un grand désir qu’il a dans le cœur : que notre prière ne soit jamais rabâchage, qu’elle soit vraie. Pas si simple. Bien sûr que le Notre Père peut finir par se fossiliser : on peut aussi le rabâcher ! Ou proportionner son efficacité à la quantité proférée. On ne dit pas Notre Père , on dit des Notre Père. Car comptabiliser, c’est rabâcher : c’est cela, être païen ! Être chrétien, c’est ne jamais compter. Et pas davantage les Notre Père ! Compte-t-on ses paroles d’amour ? Pour désensabler la source, il est toujours bon de

A l’un de ces petits

Lundi, 1° semaine de Carême (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 31-46) Scène très spectaculaire, quasi hollywoodienne. Fin des temps, jugement dernier. Un décor qui va avec, grandiose : anges réunis, trône de gloire, nations rassemblées ! L’adresse aux disciples ce jour-là ne lésine pas sur les effets pour les arracher à l’ordinaire de l’ici-bas et les téléporter au soir des soirs. Au terme de l’aventure humaine, il y aura donc un grand tri, ultime et définitif. Rien de plus tentant que d’en brandir la menace, d’en faire un instrument d’encadrement moral des peuples ! Gare ! Mais que dit Jésus en vérité ? Viendra l’heure suprême où

Quand le carême et le jubilé se rencontrent

2025 est l'année du Jubilé de l'Espérance. Alors comment vivre le carême en l'articulant à cette année jubilaire?  Halte Spirituelle , une émission RCF présentée par Madeleine Vatel et Véronique Alzieu, reçoit Patrick Laudet.

L’homme se leva, et il le suivait

Samedi après les cendres Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 5, 27-32) Y a-t-il embauche plus expéditive ? Appel à la vocation plus laconique ? Réponse plus immédiate ? On aurait admis quelques explications du maître, sur son projet, ses intentions, ses perspectives. Quelques garanties sur ce à quoi on s’engage si on le suit. Côté disciple, on ne verrait pas d’un mauvais œil un petit moment de réflexion, un temps d’essai, voire une clause de dédite. Jésus sortit et remarqua un publicain . Quel coup d’œil ! Un seul regard suffit donc à Jésus, tant au travers de notre raison sociale ou de notre situation la plus ordinaire, il perçoit d’abord en nous l’inscription de notre mystère, tellement plus grand que nous. Il lui dit : Suis-moi. L’homme se leva et le suivait. À vue d’homme, folie ! Sous l’angle du récit, raccourci invraisemblable. La vocation de Matthieu resterait à jamais un très beau moment d’Évangile, presque trop

Jeûner, ou pas ?

Vendredi après les cendres Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 9, 14-15) Concurrence entre disciples ? D’un côté, ceux de Jean-Baptiste, ardents à la pénitence, qui veulent faire du jeûne, à l’instar des pharisiens les plus exigeants, un exercice spirituel majeur, une occasion de se sanctifier. Des athlètes de Dieu, admirables. De l’autre, ceux de Jésus qui abandonnent apparemment la pratique du jeûne, et finissent par paraître eux un peu laxistes. En réponse, Jésus ne demande pas le jeûne quand il est là. Sans doute demande-t-il bien davantage ! L’attention vraie à son mystère, la communion profonde à sa présence… Est-ce à dire qu’il ne faudra plus jamais jeûner ? Faut-il admettre que les usages religieux anciens sont tous caducs, désuets ? La réponse est plus nuancée : quand l’Époux leur sera enlevé, alors

Il le faut

Jeudi après les cendres Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 22-25) De quelle nature est donc cette mystérieuse nécessité, dans laquelle Jésus veut introduire ses amis et à laquelle pourtant ils résistent tant ! Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup ! Parole de préscience, à l’évidence, pour dire qu’on n’y échappera pas, pour dire que cela va arriver, inexorablement. Dieu nécessairement connaît le futur. Certaines traductions la rendent d’ailleurs simplement par un futur : le Fils de l’homme aura à souffrir beaucoup. Jésus les renseigne donc sur un avenir assez proche, dont ils n’ont pas encore idée. Mais c’est peut-être davantage. Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup. Pas tant pour satisfaire aux exigences impitoyables du Père et à une cruelle loi de réparation qu’une vieille théologie assignait à la valeur rédemptrice de la Croix du Fils. Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup ! Plutôt une touchante nécessité d’

Dans le secret

Mercredi des cendres (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 6, 1-6.16-18) Que ton aumône reste dans le secret. L’Église n’est pas une secte et elle n’a rien à cacher. Elle a trop pâti d’une culture du secret et elle doit vivre dans la simplicité du grand jour. Il ne s’agit pas d’exhiber indécemment nos efforts pour faire le bien ni d’en tirer orgueil. Mais il ne s’agit pas non plus de faire trop d’acrobaties pieuses pour les dissimuler à tout prix, jusqu’à substituer à l’artifice de l’exhibition celui de la dissimulation. Ton père voit ce que tu fais dans le secret. Il peut arriver que certains gestes dans l’ordre de la charité se fassent publiquement. Mère Térésa a parfois fait l’aumône, bien malgré elle, sous les projecteurs et les appareils photos. Qu’importe que cela arrive. L’essentiel est ailleurs. Quoi que nous fassions, en secret ou en public, il y a en tout homme un secret du cœur plus profond et qui n’appartient qu’à Dieu...

Nous avons tout quitté

Mardi, 8° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 28-31) Attachant ce Pierre ! Des accents de syndicaliste qui fait valoir sinon les droits des apôtres, du moins leur don effectif pour le suivre, qui, c’est vrai, n’est pas mince. Petite piqûre de rappel auprès du maître, comme si Jésus pouvait oublier le sacrifice consenti : voici que nous avons tout quitté pour te suivre ! Des accents implicites d’un : quand même ! Chez Pierre, l’espace d’un instant, un petit retour furtif sur ce qu’il en a coûté, le frôlement d’un léger doute sur ce qu’on a vraiment gagné à tout ça… Pierre se mit à dire, dit l’évangile : c’est merveilleux d’humanité, comme si ça lui échappait. Jésus va répondre, bien sûr ; une vraie réponse, claire, qui n’édulcore rien ! Le gain ? Des persécutions, en effet, il ne les dissimule pas, mais une famille élargie, en ce temps-là déjà, et surtout la vie éternelle : récompense colossale en vérité...

Un homme accourut

Lundi, 8° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 17-27) Il aurait fait un fameux apôtre ! Comme Matthieu à sa table de collecteur, comme Pierre près du lac, et tant d’autres, Jésus un jour l’a envisagé. Il a posé son regard sur lui et l’a aimé. Pour Jésus, c’est la même chose. Quel était son nom ? On ne le saura jamais… Du disciple, il avait pourtant toutes les ardeurs. Il s’était empressé vers l’homme de Nazareth, était même tombé à genoux devant lui. Aucun des commandements ne lui était étranger. Il cochait décidément bien des cases ! Dans La Montée au Carmel , Saint Jean de la Croix écrit :

Des gens présentaient des enfants à Jésus

Samedi, 7° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 13-16) Il arrive que le mauvais travail des disciples, parfois des clercs et des gens d’église, ce soit hélas d’écarter. Et d’écarter vivement . Autour de Jésus, déjà à l’œuvre, on voit là comme un redoutable service d’ordre. Pour le préserver sans doute, pour assurer sa sécurité, sa tranquillité. Mais c’est quand même mal le connaître. Ceux qui le devinent davantage, ce ne sont pas les disciples ! Ce sont des gens . Ces gens qui lui présentent des enfants, des gens qui en vérité, eux, savent bien ce qu’ils font et à qui ils s’adressent. Partout, et dans tous les calendriers, il y a donc des gens , qui, par on ne sait quelle grâce, en savent bien plus que les disciples ! Ce sont eux, ces hommes et femmes téméraires mais convaincus qui ont ainsi permis une des scènes les plus bouleversantes de l’évangile. Car Jésus va les

Il s’attachera à sa femme

Vendredi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 10, 1-12) La vie conjugale n’a rien de facile, et Dieu le sait bien. Il y avait donc jadis comme un aménagement à notre misère et à nos infidélités. Moïse s’était ainsi fait en son temps le porte-voix d’une miséricorde de Dieu, et Jésus, qui ne veut pas le renier, le rappelle à cette occasion. Que vous a prescrit Moïse ? Et les pharisiens, qui tiennent aux règles, de répondre qu’il est en effet permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation . Jésus semble moins accommodant. A lire vite, on pense qu’il durcit la règle, pour se dégager du piège tendu par les pharisiens qui cherchent toujours à le coincer. Mais si Jésus vient parmi nous, ce n’est pas tant pour serrer la vis que pour ouvrir les cœurs. Là-encore, il témoigne de la grande pédagogie de Dieu, et de sa patience au fil des âges. Et les temps changent. Lui inaugure ce temps évangélique où il ...

Ayez du sel en vous-mêmes

Jeudi, 7° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 9, 41-50) À ce moment-là, on sent dans la voix de Jésus une intensité de colère, rare. Lui viennent même à la bouche des images très concrètes et radicales : mieux vaut qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes et qu’on le jette à la mer. Son usage des ânes, cet animal qui lui est si fraternel, est ordinairement plus doux ! Et il recommande encore des solutions drastiques, avec un usage immodéré de mutilation au pied et à l’œil qui ne sont pas dans ses préconisations usuelles. Pourquoi donc tant de violence ? En vérité, dans la bouche même de Dieu, une violence très nécessaire, à proportion de l’offense : une violence pour nous en donner la gravité, la terrible gravité : malheur à celui qui est un scandale, une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi… Car, pour Dieu, on ne touche pas à ses petits...

Ne les empêchez pas !

Mercredi, 7° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 9, 38-40) Émouvants apôtres, bien empressés à faire respecter le droit d’auteur et assurer le copyright. Créer tout de suite du licite et de l’illicite, réflexe tellement humain ! Ils croyaient bien faire sans doute, ils se voulaient bons défenseurs de l’orthodoxie, zélés gardiens du privilège. Quelqu’un expulse les démons au nom du Christ ? Usurpation d’identité ! Pratique indue. Pour ces braves juifs, attentifs aux bons usages, soucieux de veiller à ce qui est casher et ce qui ne l’est pas, il s’agit alors d’empêcher . Et c’est Jean, pas le moindre des apôtres, qui ici parle au nom de tous ! Jésus les corrige alors fraternellement. Faire clan, décider qui en est et qui n’en n’est pas, décréter ce qui est conforme et ce qui ne l’est pas, Jésus le sait bien : ce sera une tendance lourde de toutes les communautés religieuses, parfois avec les meilleu...

De quoi discutons-nous ?

Mardi, 7° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile selon saint Marc (Mc 9, 30-37) De quoi discutiez-vous en chemin ? Comme si Jésus ne le savait pas… On l’imagine, ayant marché en avant ou en arrière d’eux, à quelques mètres. Il fait mine alors de ne pas savoir, pointe une apparente curiosité. Comme s’il voulait rejoindre la discussion. Mais en Dieu qu’il est, même à quelques pas d’eux, il a bien sûr percé leur querelle de préséance. Lui qui se prépare à donner sa vie au-delà de ce qu’aucun d’eux ne peut imaginer, il s’attriste sans doute un peu, dans son âme profonde, que ses amis en soient toujours là, à se demander lequel d’entre eux est le plus grand. Il leur pose pourtant la question. De quoi discutiez-vous en chemin ? Il n’attend pas leur réponse, il table sur la capacité de la question à les mettre en arrêt. À les dérouter un peu du chemin humain, trop humain, de l’éternelle comparaison, du pouvoir, et de l’art de toujours vouloir être le premier, le mei...

Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir

Lundi, 7ème semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 9, 14-29) Dieu a donné aux hommes bien des pouvoirs de guérison et pas qu’aux disciples ! Les hommes de Dieu n’ont pas le monopole du traitement des convulsions et c’est émouvant de voir que Jésus ne s’en soit jamais réservé l’exclusive. Avec le recul de la science, de la médecine, et de la psychologie, nous savons bien aujourd’hui qu’il est ainsi des mutismes dont on parvient à guérir les victimes, des convulsions ou des crises dont on sait la cause, neurologique ou psychiatrique. Il a donné aussi à ses disciples d’exercer un authentique pouvoir de guérison spirituelle et sans doute celui-ci continue-t-il aujourd’hui. Les exorcistes de chaque diocèse savent bien que, pour être rares, des libérations du mal n’en sont pas moins réelles. Et pourtant ? Tous les maux ne se valent pas… Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir. Les pharmacopées ordinaires sont en échec, on essaie mê...

Tendre l'autre joue

Dimanche, 7° semaine du Temps Ordinaire (année C) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 27-38) « Tendre l’autre joue », un précepte qui a fait couler beaucoup d’encre. Les chrétiens sont même parfois moqués pour cette expression ; certaines philosophies exaltant la force, la vitalité ou le courage en ont fait l’objet de leur critique, parfois de leur dérision. Les nazis ne supportaient pas cette morale, ni d’ailleurs le christianisme, religion de la faiblesse, elle en était pour eux l’emblème insupportable. On dit même qu’ils giflaient habituellement les deux côtés d’un visage, comme pour détruire symboliquement cette expression, et ne lui laisser aucune chance. C’est ainsi qu’Anna Stuart le note dans son beau livre La sage-femme d’Auschwitz : « Jésus avait appris aux hommes à tendre l'autre joue, mais les nazis avaient débarqué en frappant les deux joues d'emblée, et il était difficile de pardonner une offense quand dix autres vous tombaient déjà dessus. « Te...

Je bâtirai mon Église

Samedi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 16, 13-19) Moment inouï, pour une investiture aussi bouleversante que déraisonnable : était-ce vraiment le bon choix ? Pierre, encore lui, est-il bien le plus fiable des apôtres ? Comment comprendre que Dieu, qui connaît son apôtre et ses fragilités humaines, qui sait déjà parfaitement la trahison dont il sera capable, puisse aussi imprudemment lui confier les clés de la maison et une telle responsabilité. Plus que la maison d’ailleurs ! Les clés du Royaume des cieux ! Une folie, en vérité, comme seul Dieu les risque. À vue humaine, Dieu ne prend ici aucune garantie. Un coup de tête incompréhensible ? Ou un coup du cœur plutôt, incliné du côté du

Prendre sa croix

Vendredi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 34 – 9, 1) Prendre sa croix ! Pour beaucoup, le christianisme, c’est une voie de souffrance obligée, un fatal chemin d’épreuves, inévitables, auxquelles, en serrant un peu les dents et en faisant preuve de beaucoup de courage, il s’agirait de consentir ; auquel, finalement et héroïquement, il faudrait se résigner, en acceptant de glorifier douleur et souffrance : elles seules nous rachèteraient efficacement de notre faute, elles seules compléteraient les souffrances que le Christ lui-même a si admirablement enduré.

Prenant la parole, pour le meilleur et le pire

Jeudi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 27-33) Pauvre Pierre ! Parmi les pêcheurs du lac de Galilée, on se demande quand même si Jésus a fait le bon choix ! Léger doute sur la DRH divine ! Toujours à côté de la plaque, ce brave Pierre ! À plusieurs occasions décisives, il manque spectaculairement de foi, il trahira, lui aussi et par trois fois. Alors que Jésus croyait les apôtres un peu mûrs pour leur ouvrir son cœur et leur révéler le mystère de la Croix, la rebuffade de Pierre est pathétique. En inculpant Satan, Jésus est plein de miséricorde (et peut-être d’humour) pour son ami. C’est tellement vrai que Satan s’immisce souvent dans

J’aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres !

Mercredi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 22-26) Ça ressemble à un loupé ! Quelque chose s’était-il enrayé dans le processus de guérison ? Pourquoi Jésus a-t-il dû s’y reprendre à deux fois ? À la première imposition des mains, un léger mieux déjà. L’aveugle entrevoit des hommes, ce qui n’est pas rien, mais les prend encore pour des arbres ! Pas encore ça. Une retouche s’impose alors. Nouvelle imposition des mains, comme en rappel. Cette fois, c’est la bonne. Il se trouva guéri ! En vérité, si Jésus s’y prend en deux temps, ce n’est pas parce que la grâce, un peu défaillante, n’a opéré que partiellement au premier essai. Ce n’est pas qu’il a raté son coup la première fois, comme un mauvais magicien. Avec cet apparent ratage, que veut-il nous dire ? Peut-être que

Vous ne comprenez donc pas encore ?

Mardi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 14-21) Pauvres apôtres ! Qu’ils soient tête en l’air, passe encore. On sait bien que, dans l’aventure de sa grâce, Dieu n’a jamais craint, et dès le début, d’engager des bons à rien , qui n’ont d’autre gloire que d’avoir sa touchante confiance, aussi tenace qu’imméritée. On apprend ainsi, au détour du récit qui semble en sourire, qu’ils ont oublié d’emporter les pains . Dans la barque, tant pis pour eux, un seul pain à se partager ! Pas très « doggy-bag », ces apôtres ! Il ne leur en fait pas reproche. Pourtant, Jésus comprend que les restes de la multiplication des pains pour eux sont bien indigents. Après ce qu’ils viennent de vivre, qui n’est pas qu’une affaire de boulangerie, il ne reste vraiment pas grand-chose … Jésus essaie alors

Jésus soupira au plus profond de lui-même

Lundi, 6° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 11-13) C’est dans l’ADN des pharisiens que d’aimer discuter ! En bons juifs, ils veulent débattre. Mais il y a débat et débat. De la vérité, cherchent-ils vraiment à s’approcher ? Des pharisiens survinrent , dit l’évangile, le mot évoque une descente de police plus qu’une ambassade curieuse et bienveillante. Discuter avec Jésus pour le mettre à l’épreuve. La discussion cache un traquenard. Ils essaient de coincer ce jeune rabbi, de le mettre au défi de produire un signe qui authentifierait ses affirmations, auxquelles ils n’ont de toute façon pas l’intention de prêter l’oreille. Bien sûr que, dans ces conditions, Jésus ne leur donnera rien. Car ce qu’ils ne veulent pas entendre, c’est que Jésus lui-même

Combien de pains avez-vous ?

Samedi, 5° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 8, 1-10) La scène de la multiplication des pains est bien connue. Épisode évangélique majeur, qui prépare secrètement l’institution du mystère de l’eucharistie. On est toujours bouleversé de voir comment Jésus, contre la raison humaine et réaliste de ses disciples, n’a pas le cœur, lui, de renvoyer ces foules qui ont faim. On entre dans le bouleversant regard du Christ sur cette grande foule qui a faim, émouvante image de notre humanité, pour laquelle il est toujours saisi de pitié. Un détail cependant.

Il lui mit les doigts dans les oreilles !

Vendredi, 5° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 31-37) On en convient. Quand on est Dieu, on peut tout faire à sa guise et le mode opératoire du miracle lui appartient. La preuve que Dieu est Dieu, c’est que vous et moi, dans cette situation, nous n’aurions pas pris autant de peine pour guérir ce sourd-muet ! À d’autres occasions d’ailleurs (la résurrection de la fille de Jaïre) la grâce de la guérison ou de la résurrection est comme en Bluetooth et se fait à distance, sans problème. Guérir un sourd-muet, ce n’est pas si sorcier ! Au pire, service minimum, juste une belle parole, solennelle et sacrée eût suffi. Le Effata sur les oreilles, c’était déjà bien et l’effet était assuré.

Aux petits chiens, des miettes !

Jeudi, 5° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 24-30) On imagine bien la scène ! On la voit, cette femme touchante, qui n’est pas une fille d’Israël et qui pourtant se tourne vers ce jeune rabbi juif dont elle pressent qu’il peut tout. Sa petite va mal, quelque chose la tourmente, un démon possiblement, ou une pathologie que l’époque n’identifiait pas. Elle devrait s’adresser au bon guichet, là où sa condition de païenne syro-phénicienne lui donnerait plus de chance. Mais elle sent que la miséricorde de ce Dieu-là n'est pas réservée aux seuls membres. Jésus voit bien cela ! Aussi sa réponse est pour le moins étrange. Presque un peu brutale, pas vraiment sympathique. On dira que ce ne sont pas ses mots, et que tout cela est affaire d’argumentaire théologique : l’ouverture de la grâce et du salut au-delà d’Israël, de fait, est en jeu. Priorité à la

Ce mal qui vient du dedans

Mercredi, 5° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 14-23) Singulier enseignement de Jésus sur le mal que ce passage d’évangile ! Pas simple. Les apôtres d’ailleurs calent. Ils butent sur une parabole qui n’en est pas vraiment une, et demandent, on les comprend, une petite exégèse du maître. Il apporte alors quelques compléments, donne confirmation qu’il parle bien des règles alimentaires, dont il veut à l’évidence les libérer. En bon anatomiste, et non sans humour, il rappelle que l’estomac n’est pas le cœur et qu’il ne risque rien. L’estomac lui gère, et digère. Quant au cœur, où l’essentiel visiblement se joue, c’est

Mais son cœur est loin de moi …

Mardi, 5° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 7, 1-13) Rendre un culte, enseigner les doctrines, ce dont les scribes et pharisiens s’étaient fait une spécialité voire un privilège, n’est en soi pas une si mauvaise chose. Jésus lui-même n’a pas épargné sa peine pour enseigner les foules ! Sa colère au Temple prouve en outre son attachement à purifier le culte de toutes nos magouilles. Mais son souci n’est pas d’abord la conformité. Ni celles des doctrines , dont le mot, au pluriel, laisse poindre un soupçon de blablas et un subtil pouvoir d’intimidation et de manipulation. Ni celle du culte, dont chacun évidemment pourra toujours juger la sienne bien meilleure que celle du voisin. Dieu ne cesse de

On déposait les infirmes

Lundi, 5° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 53-56) Dieu s’est risqué à tenter l’aventure humaine. Il a fait effraction dans l’Histoire pour venir un jour marcher sur nos chemins, partager à hauteur d’homme la plus ordinaire de nos existences. Mais dès qu’il commence à laisser paraître qu’il est bien plus que le charpentier de Nazareth, que rencontre-t-il d’abord ? De quoi Dieu a-t-il d’abord reçu la toute première offrande, émouvante, sinon celle de nos misères ? La pression sur lui est immense ! Depuis des siècles, les hommes avaient tant à dire à Dieu et ils l’ont fait dans la prière. Voilà qu’un homme arrive parmi eux, qu’ aussitôt ils reconnaissent ! Que reconnaissent-ils vraiment ? Un nouveau prophète ? Un rabbi guérisseur ? Le fils de Dieu ? Peut-être pas. Pas tous. Pas encore. Il n’empêche. Pour Dieu,

Reposez-vous un peu

Samedi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc ( Mc 6, 30-34 ) Pour être pleinement Dieu, il n’en est pas moins homme ! La sagesse humaine est toujours bouleversante chez Jésus. Il sait la valeur du repos, le besoin que nous en avons pour donner respiration à nos vies et nous y engage fortement. C’est beau de voir comment il prend soin de ses compagnons. Reposez-vous un peu ! Belle sollicitude fraternelle pour ses amis qui comme lui commencent à ne plus toucher terre ! Lui qui justement a tant aimé toucher terre , il s’inquiète pour nous du surmenage qui nous agite et nous met hors-sol, ou hors de nous-mêmes. La suractivité n’est jamais bénie, car, au régime de Dieu, toute action culmine dans son propre dépassement qui l’accomplit en offrande. Dieu s’est reposé le septième jour ! Mais significativement, Jésus ne leur dit pas

Sur un plat

Vendredi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc ( Mc 6, 14-29 ) Jean Le Baptiste est associé de façon très mystérieuse à la Rédemption : il est bien sûr le Précurseur, celui qui trempe toute une part d’Israël dans un Jourdain de repentance et prépare la venue de plus grand que lui. Mais, et on y prête moins attention, il est aussi associé au mystère de la Croix, puisque, protagoniste majeur de toute cette histoire, il est le premier à donner sa vie. Et de quelle façon ! Finir la tête sur un plat… Cette histoire minable, l’évangile la raconte en détail, le récit s’attarde sur le mécanisme sordide qui conduit à la veulerie d’Hérode. C’est un passage en vérité poignant car toutes les morts, hélas, ne sont pas toujours très glorieuses ni héroïques. Finir la tête sur un plat ! Un plat, c’est beaucoup moins iconique qu’une croix ! Comme si, c’est cela qui est bouleversant, le

Deux par deux

Jeudi, 4° semaine du Temps Ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Marc ( Mc 6, 7-13 ) Alors il commença à les envoyer en mission deux par deux : elle est émouvante, cette mémoire du premier envoi des apôtres en mission aux quatre coins du pays, qui vont devenir les quatre coins du monde. Avec une belle sollicitude pour eux, Jésus donne le mode d’emploi, qui a valeur évangélique. En gros, voyagez légers, abandonnez-vous à la Providence. Au nombre des conseils, il en est un pourtant qui peut surprendre. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds . L’avis ne manque-t-il pas d’un minimum de combativité ? N’est-ce pas déserter un peu vite le premier terrain défavorable qui se présentera ? On aurait pu imaginer que Jésus les exhorte à plus de persévérance. Le mot d’ordre pourtant est clair. Dans ce cas-là, pas d’insistance. Ce sera...