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Faute d’usage

Samedi, 21° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 25, 14-30) Il fallait placer mon argent à la banque et à mon retour tu l'aurais retrouvé avec les intérêts : précepte pour bon manuel de gestion d'actifs ? Célébration du système bancaire et des fonds d'investissement ? Promotion marquée à ceux qui connaissent les placements juteux ou les bons coups à faire ? La morale de la parabole, qui plus est, heurte sensiblement nos revendications égalitaires et peut aujourd'hui scandaliser : à celui qui a on donnera encore…et celui qui n'a rien se verra enlever ce qu'il a. Quant à ce pauvre serviteur bon à rien, et qu'il s'agit alors de jeter dans les ténèbres extérieures, on a envie de plaider un peu sa cause. D'en appeler sur lui à plus de miséricorde ! Pas un audacieux certes, mais quand même : en vérité, ce pauvre serviteur croyait bien faire, il avait surtout peur. Sa pièce, il pensait la pro...

Sur un plat la tête de Jean

Vendredi, 21° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 6, 17-29) Jean Le Baptiste est associé de façon très mystérieuse à la Rédemption : il est bien sûr le Précurseur, celui qui trempe toute une part d'Israël dans un Jourdain de repentance et prépare la venue de plus grand que lui. Mais, et on n'y prête moins attention, il est aussi associé au mystère de la Croix, puisque, protagoniste majeur de toute cette histoire, il est le tout premier à donner sa vie. Et de quelle façon ! Finir la tête sur un plat… Cette histoire minable, l'évangile la raconte en détail, le récit s'attarde sur le mécanisme sordide qui conduit à la veulerie d'Hérode. C'est un passage en vérité poignant car il est des morts, hélas, qui ne sont ni très glorieuses ni héroïques. Finir la tête sur un plat ! Un plat, c'est beaucoup moins iconique qu'une croix ! Comme si, c'est cela qui est bouleversant, le Baptiste avec cette mise ...

L’heure où vous n’y pensez pas

Jeudi, 21° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 24, 42-51) C'est à l'heure où vous n'y pensez pas que le Fils de l'homme viendra. La phrase du Christ n'est pas là pour nous faire vivre dans l'angoisse. Saint Louis de Gonzague, à qui on demandait ce qu'il ferait s'il devait mourir dans une heure alors qu'il jouait au ballon répondit : « finir la partie. ». Bel exemple de confiance ! Plutôt que de dramatiser l'échéance, l'exhortation de Jésus voudrait réveiller nos torpeurs, vivifier nos journées, nous inviter en somme à sanctifier le temps. Mesurons-nous assez qu'à l'échelle de l'amour, chaque minute de nos vies compte peut-être plus que nous ne l'imaginons ? Les heures apparemment se suivent : le capital en semble inépuisable. Si bien qu'à vue humaine, il nous arrive de douter du prix de chaque instant. Une journée chasse l'autre et se démonétise, ins...

A l’époque de nos pères

Mercredi, 21° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 23, 27-32) Si nous avions vécu à l'époque de nos pères… L'hypothèse des pharisiens hypocrites pour se rassurer (a posteriori) sur le comportement irréprochable qui n'aurait pas manqué d'être le leur du temps où l'on versait le sang des prophètes rencontre une tentation qui peut encore nous saisir. Si nous avions vécu à l'époque de nos pères, bien sûr, nous n'aurions pas agi comme eux. Les mauvais choix, tellement plus lisibles il est vrai avec le recul, nous ne les aurions pas faits. L'évidence de l'après-coup ! Nous n'aurions pas laissé commettre telle injustice, nous aurions dénoncé haut et fort tel aveuglement. Certes, se rêver du bon côté de l'histoire relève aussi d'une forme d'idéalisme,

Filtrer le moucheron !

Mardi, 21° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 23, 23-26) On disait du pape François qu'il avait le sens de la formule. Mais, à bien entendre l'évangile, et certaines prises de parole de Jésus, on peut dire qu'il avait de qui tenir ! On réduit souvent l'esprit de ce que Jésus nous dit à des apophtegmes très sentencieux et sérieux, on en fait très vite du catéchisme ou de la morale. On en fait… des paroles d'évangile ! On fossilise. On perd surtout l'intonation, et par conséquent l'incarnation. L'énonciation, comme disent les linguistes qui ont bien raison, compte autant que ce qui est énoncé ! A force de réduire ses paroles à du discours, c'est comme ça que de Dieu, hélas on perd peut-être l'essentiel : la tendresse, l'humour, l'émotion, qui donnent à entendre tout autre chose que des vérités assénées. Ouvrons donc davantage l'oreille à l'intonation ! On imagine ainsi...

Vous fermez à clé le royaume des Cieux

Lundi, 21° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 23, 13-22) Des magouilleurs, à l'évidence, ces scribes et pharisiens ! On comprend que le Temple est devenu un lieu de trafic et que Jésus s'essaie à remettre du sens dans tout ce qui s'y pratique, selon le grand principe, générique et essentiel, que c'est pour l'homme qu'a été institué le shabbat, et non l'inverse. On ne les aime donc guère, ces misérables scribes et pharisiens hypocrites ! Mais à quel moment sommes-nous, nous aussi, un peu scribe et pharisien hypocrite, ou douanier , comme aimait à dire le pape François ? Il nous arrive aussi de fermer à clé le Royaume des Cieux, en focalisant sur la serrure et en méconnaissant les effets très

Ne donnez à personne sur terre le nom de père

Samedi, 20° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 23, 1-12) Curieuse injonction de Jésus, qui cependant prend sens aujourd'hui, avec tous les abus que nous savons. A une époque où paradoxalement la paternité fait souvent défaut, comment comprendre un tel principe de sagesse et de précaution ? Ne donnez à personne le nom de père . En vérité, ne vous laissez jamais manipuler au nom d'une domination soi-disant paternelle mais perverse qui vous fera abdiquer toute conscience et toute liberté. Toute vraie paternité en effet est toujours une paternité de service et non de domination, elle vise la vie et la liberté. Mais quel usage sur terre faisons-nous hélas de cette si belle charge ? Ne donnez à personne le nom de père Oui, veillons à purifier cette tentation en ne réservant ultimement ce beau nom qu'à Dieu seul, et pas forcément à ses représentants, qui peuvent hélas en mésuser. Quelle merveille d'ailleurs qu...

Deux font un !

Vendredi, 20° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 22, 34-40) Docteur de la loi sans doute, mais pas mathématicien… Ce brave homme, il se fait entourlouper par une drôle d'opération : un curieux décompte, où deux valent un… Chez les pharisiens de l'époque qui cherchent tant à approfondir l'intelligence de la Loi, c'était un objet de noble débat que de savoir, parmi les 613 commandements, lequel était le plus grand. Peut-être bien que notre homme du jour a voulu coincer Jésus, en lui faisant courir le risque d'un blasphème, mais peut-être pas. Les pharisiens entre eux aimaient discuter et se mettre à l'épreuve, cet homme aurait pu être Nicodème, pharisien aussi et vrai chercheur de Dieu. Pour une fois, faisons crédit à ce pharisien de l'épisode, d'avoir voulu éprouver l'intelligence seule de ce jeune rabbi, qui a déjà bluffé si admirablement les sadducéens, et d'avoir désiré solliciter...

La croisée des chemins

Jeudi, 20° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 22, 1-14) La « croisée des chemins », c'est là que le Roi de la parabole lance finalement les invitations, quand il comprend que les convives attendus au festin ne viendront pas. Les invités officiels ont mieux à faire. C'est qu'ils ont champ et commerce. « Allez donc aux croisées des chemins ! » ordonne alors le Roi. Mais quand Jésus raconte cette parabole, comment, lui, le Christ, prononce-t-il l'invitation ? Car la « croisée des chemins », voilà un lieu qui lui est cher. A ce mot seul, tant de souvenirs déjà remontent en lui, tant de rencontres lui reviennent en mémoire. De ce lieu qui n'en est pas un, ouvert à tous les vents comme à toutes les directions, il sait par l'intime la misère. La croisée des chemins ! Il a tant aimé s'arrêter à ce lieu du tout-venant de l'humanité. Il a aimé y demeurer. C'est là qu'il s'est mi...

Le denier du dernier

Mercredi, 20° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 20, 1-16) Dans l'évangile, que de passages déroutants où les règles ordinaires de l'économie sont mises à mal, où la justice sociale même est comme bafouée. Pour les contrats de la terre, la rémunération est toujours proportionnelle au travail, c'est entendu. Et les ouvriers de la première heure, qui ont œuvré toute la journée, sont légitimes dans leur revendication syndicale à vouloir une paye supérieure à ceux de la dernière. Jésus ici brouille les cartes, ou plutôt les feuilles de paye ! Peut-être avec humour, il raconte cette parabole, juste pour aller chatouiller notre sens commun de la justice et mettre à l'épreuve notre obsession de l'équité. On oublie vite de quoi il s'agit ! Pas d'un plan social, mais du Royaume des Cieux. On a du mal à avaler

Le chameau et le chas

Mardi, 20° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 19, 23-30) Certaines paroles du Christ deviennent proverbiales, mais hors contexte. On en connaît bien la lettre, mais en saurons-nous jamais la situation d'énonciation, comme disent les linguistes, et surtout l'intonation ? Comment Jésus a-t-il réellement prononcées les sentences proverbiales qu'on lui attribue ? C'est qu'on a tôt fait de transformer le Christ en prédicateur de vérités définitives, prompt à proférer ex cathedra des préceptes à graver dans le marbre. N'est-ce pas manquer l'incarnation ? Oublier l'essentiel, la relation, le grain de la voix ? Cette voix unique, dont il est dit que ses brebis la reconnaissent. Ainsi de l'adage : il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cieux ! Comment le Christ a-t-il pu prononcer cela ? L'image est as...

Tout triste

Lundi, 20° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 19, 16-22) Il y a la liberté humaine ! Celle-là même qui fait s'en aller ce jeune homme riche que Jésus croise un jour, et qui, peut-être, aurait été un très grand apôtre ! Son nom d'ailleurs demeure à jamais caché dans le cœur de Dieu. Marc ajoute au récit de l'épisode cette notation émouvante : Jésus le regarda et se prit à l'aimer (Mc10-21). La tendresse était là…mais la tendresse n'est pas magique, ni hypnotique. Elle laisse libre. Il y a eu aussi Judas. Quand le même évangéliste fait l'inventaire des douze apôtres, il ne retouche pas la photo, à la soviétique, et finit la liste par le nom de Judas, celui-là même qui le livra (Mc3-19). Comment le Christ, qui savait tout, les regarda-t-il au premier jour, ces hommes et ces femmes qui n'ont pas répondu jusqu'au bout et à cœur déployé ? On voudrait repasser le film, guetter en Jésus l...

Ceux qui leur ressemblent

Samedi, 18° semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 19, 13-15) Dans le monde ancien, pas d’enfant Roi ! Les disciples sont donc autorisés à écarter ces gamins que l’on a l’idée saugrenue de présenter à Jésus. Les enfants ne sont bons qu’à jouer, en attendant d’être un jour des hommes ! Passons donc à des interlocuteurs un peu plus mûrs et plus sérieux. On aurait aimé être là, pour voir la profondeur du regard que Jésus posa alors sur chacun de ces gosses. Qui prenait alors au sérieux la plénitude de leur vie théologale, le mystère sacré de leur personne ? Avait-on d’ailleurs idée de ce qu’est une personne ? Jésus a dû contempler en eux toute une vie en germe, grandeurs et misères mêlées ; avec des actes de vraie charité au hasard des chemins de traverse et des déroutes. Une vie ordinaire mais unique, au seuil du grand combat entre l’infatigable miséricorde de Dieu et la redoutable liberté humaine. Sans doute a-t-il vu auss...

L’Assomption

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Vendredi, 18° semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 39-56) La promulgation du dogme de l’assomption n’est pas qu’une dévotion mariale récente (1950), ni un privilège de plus octroyé à Marie. Son assomption n’est pas d’abord un passe-droit, un coupe-file pour le Ciel ni un avantage céleste qui la fait elle échapper à la mort, et la soustrait ainsi à l’humaine condition. Pensons aux paroles de la consécration à la messe, « ceci est mon corps » : paroles incroyables, qui peut en vérité les prononcer, sinon elle ? Entre son corps à elle et celui du Christ, c’est qu’il y a une consubstantiation mystérieuse sur laquelle la mort ne peut avoir pas de prise. Nous étions tous originellement promis à une très semblable dormition… Marie dans son Assomption est donc comme une mémoire autant qu’une promesse. En elle, l’amour filial de Dieu a restauré le projet initial, et a réalisé ce que notre piété en vérité désire avec tant d’ardeur. Cel...

Il lui remit sa dette

Jeudi, 18° semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 18, 21 – 19, 1) Au programme du jour, petite leçon de comptabilité à l’usage du Royaume. C’est que la gestion de la dette n’y est pas exactement la même qu’ici-bas, et Jésus, le temps d’un échange, se fait professeur d’économie (divine). Le serviteur nous ressemble, il est assez touchant.

Réunis en mon nom

Mercredi, 18° semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 18, 15-20) Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux : est-ce à dire que ceux qui sont tout seuls le sont vraiment et le restent ? Que Dieu mettrait des conditions à sa présence et la subordonnerait à un minimum de participants ? Qu’il requiert au moins deux ou trois, comme un petit minian, nécessaire, pour engager sa venue ? Bien au contraire !

Les anges dans les cieux

Mardi, 18° semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 18, 1-5.10.12-14) Les anges gardiens sont-ils désuets, font-ils partie du folklore catho, version pieuse de la bonne étoile ? Jésus lui-même est pourtant bien clair, qui parle de ces « anges dans les cieux qui voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux ». La répétition nous avertit : il faut vraiment quitter la terre, sa logique, et passer au Ciel, pour contempler bien les réalités spirituelles qui le compose. Entrer dans le grand mystère du ciel et de la vie invisible, celles des anges, dont Jésus ne fait pas une option facultative. Pourquoi cependant évoque-t-il l’existence des anges gardiens à propos des petits enfants, en précisant : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père » ? Sans doute pour donner toute leur dignité spirituelle à ces enfants que le monde anci...

Merci au premier poisson !

Lundi, 18° semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 17, 22-27) La scène est, avouons-le, un peu déroutante. L’essentiel tout de même se laisse entrevoir. On le vérifie ici encore, Jésus n’est pas venu prêcher un royaume de ce monde, ni un choc fiscal : au grand dam des zélotes, sans doute, il n’endosse pas l’habit d’un révolutionnaire politique et ne veut pas ouvrir les hostilités avec les pouvoirs en place. Face à ses obligations fiscales, l’attitude qu’il préconise est d’être en règle et, selon la formule, de rendre à César ce qui revient à César. Pas de niche envisagée donc, ni de passe-droit. La sécession fiscale n’est pas au programme, avec aucune des autorités en place, ni celle de l’empereur ni celle du Temple. Autour de la feuille d’impôt, c’est à l’évidence profil bas. Stratégie de sa part ? Ne pas se laisser détourner du vrai combat ? Humilité ? Un Dieu fait homme est un

L’intonation

Samedi, 18° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 17, 14-20) Encore un bel exemple de parole de Dieu rapportée, mais qui exige de très bonnes oreilles. « Génération incroyante et dévoyée, combien de temps devrai-je rester avec vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? » Parce qu'on est prompt à donner à Dieu des sentiments humains, très humains, d'emblée on y met forcément de l'agacement et de la mauvaise humeur. On imagine Jésus soudain un peu en rogne contre nous, et on fait alors profil bas, tout penauds que nous sommes. On le sait bien, les chefs ont leurs coups de gueule, et leurs accès de mécontentements et de réprimande, et on en prend alors pour son grade. Mais Jésus n'est ni adjudant ni chef de projet, et nous ne saurons jamais comment il a parlé : la retranscription de ses formules, interjections, ou interpellations mériterait bien qu'on invente pour l'écrit des points d'intonati...

Il rendra à chacun selon sa conduite

Vendredi, 18° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 16, 24-28) Comme elle est belle, cette formule de Mathieu et la traduction liturgique qui en est proposée : alors il rendra à chacun selon sa conduite. On a si peu idée de ce qui va arriver au terme de nos vies, aussi bien qu'au terme de celle du monde. On garde toujours en nous l'idée un peu redoutable du tribunal, qui va sceller notre sort définitif. Déjà chez les anciens Égyptiens, la pesée des âmes ! Comparution ultime, balance impitoyable pour une dernière évaluation, irréversible. La formule est plus subtile, et assez mystérieuse. Alors il rendra à chacun selon sa conduite. Rien de plus réjouissant en vérité. A chacun, déjà : pas de traitement collectif dans la rétribution divine, chacun aura le privilège d'un rendez-vous : mais plus qu'un rendez-vous de carrière , un bon bilan comme le font les DRH, plutôt un

Jeu des portraits

Jeudi, 18° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 16, 13-23) L'épisode a des allures de jeu des portraits. « Qui suis-je ? » Pierre emporte la mise. Comparée aux identifications approximatives (Jean-Baptiste, Elie) sa réponse incontestablement fait mouche. Mais sait-il vraiment ce qu'il dit ? Pierre voit juste, à n'en pas douter. Il est entré déjà dans une connaissance exacte de Jésus, mais encore bien extérieure à son mystère profond. Connaît-on vraiment, tant que la mesure d'amour n'est pas pleine ? Tant qu'on n'a pas soi-même manqué à l'amour, pour en être pardonné. A cette étape précise de leur compagnonnage, il identifie bien Jésus, mais comme on met la bonne étiquette. Est-ce assez ? Il n'est pas encore entré dans le

L’heure du Thabor

Mercredi, 18° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 28b-36) Parce qu'il ne s'adresse pas seulement à Pierre, Jacques et Jean, l'épisode de la Transfiguration est aussi, pour chacun de nous, une délicatesse de Dieu, une miséricorde qu'il nous fait. Comme il l'a fait pour ces trois-là, Dieu, tout au long de notre vie humaine, (souvent dans le secret de notre cœur), nous propose des « expériences de transfiguration » dans lesquelles il nous envoie des signes du Royaume, nous donne un avant-goût du ciel et, pour notre usage personnel, des échantillons d'éternité. Mais les recevons-nous vraiment ? Ouvrons l'œil, les oreilles, et le cœur ! Car Dieu n'a rien à nous cacher, c'est même tout le sens de sa mission de nous révéler les profondeurs de l'Amour et la certitude de la résurrection pour ceux qui l'accueille. Sachons faire mémoire d'elle, quand nous l'avons une fois reçue. Comme ...

Seigneur, sauve-moi !

Mardi, 18° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 14, 22-36) On imagine la scène. Fin de nuit, moment de toutes les hallucinations. Un homme s'approche de la barque des disciples, fatigués et secoués par les vagues. Il marche sur l'eau. Confiance, c'est moi, n'ayez plus peur ! leur dit Jésus. Ils peinent à le reconnaître. Avec l'aplomb de l'homme qui veut être sûr, Pierre lui lance alors un incroyable défi, en forme de test, ou de mot de passe : Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. Se rend-il compte de ce qu'il propose ? Il dit ça sans y penser, sans bien mesurer ce qu'il demande, en espérant qu'ainsi, le fantôme capitulera, que l'hallucination finalement se dissipera. Chiche ? Ce qui est bouleversant avec le Christ, c'est qu'il prend

Des restes !

Lundi, 18° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 14, 13-21) Dieu n'a qu'une seule mesure, la surabondance. Nous qui passons notre temps aux additions, aux soustractions, aux divisions, d'opération, lui ne connaît guère que la multiplication. De mathématique, il n'a qu'elle, et même jusqu'à la démesure. A la pénurie ( cinq pains et deux poissons ), il répond par une quasi-gabegie. Son miracle ne tombe pas juste, il calibre mal, il prévoit trop. On ramassa les morceaux qui restaient, cela faisait douze paniers pleins. Tant de restes ! C'est qu'au désert, Jésus a eu faim. Sur la Croix, il a eu soif, intensément. Il sait ce que c'est. Dieu lui-même est un affamé. Un assoiffé insatiable. Au régime de Dieu, il y a donc toujours trop. Dans l'intendance divine, oui, toujours des restes, et du trop-plein. A la création déjà, la

Ils allèrent l’annoncer à Jésus

Samedi, 17° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 14, 1-12) « Les disciples de Jean arrivèrent pour prendre son corps, l'ensevelirent et allèrent en informer Jésus ». L'Évangile ne dit rien de ce qui fut alors la réaction de Jésus quand il apprit l'exécution du Baptiste. On l'imagine pourtant aisément, faite de révolte intérieure et de douleur intense. Certes, un acquiescement ultime à ce par quoi passe mystérieusement le plan de Dieu et qui, dans cet événement tragique, dessine en creux ce qui sera pour lui, le moment venu, la nécessité de donner aussi sa vie. Mais avec la mort si violente et si insensée de celui qui fut son ami et qui, depuis toujours, était le témoin inlassable et prophétique de sa messianité, c'est le tout premier coup de lance porté au cœur de Dieu, percé très profondément ici par la folie des hommes. D'autres coups terribles suivront. La mise à mort de Jean Le Baptiste a dû r...

N'est-il pas le fils du charpentier ?

Vendredi, 17° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 54-58) N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? C'est que les gens de Nazareth, ils n'avaient rien vu venir ! Elle est touchante, en un sens, cette question qui dit leur désarroi, et bientôt leur grogne. Ce gars-là, ils le connaissent bien ! C'est même un bon gars. Dans le village, on se souvient encore du bon Joseph, son père, à qui on confiait volontiers une charpente à refaire ou une roue à réparer. Et Jésus, qui avait pris la suite, était digne de la même confiance. Mais c'est quoi, toutes

Ce qui ne vaut rien

Jeudi, 17° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 47-53) Les images qu'utilise le Christ sont d'époque, forcément ! Les métaphores employées pour ce Royaume dont il veut tellement nous donner le secret sont donc à hauteur d'hommes, et elles parlent d'emblée aux pêcheurs du lac de Galilée dont il a fait ses compagnons. Ainsi du filet jeté en mer, qui ramènera à la fin du monde son lot de bons poissons. Mais quand donc ce filet jeté à la mer sera-t-il plein ? Sa taille et sa contenance dépassent l'entendement. Depuis des années et des années que l'histoire humaine déroule son cours, il grossit et se remplit. Pas un poisson en un sens n'y échappe. Les bons poissons, comme les moins bons. L'image n'a rien perdu de sa force évocatrice. Le tri final fait certes un peu peur, le retour de pêche malmène l'irénisme démocratique actuel… Les anges , lit-on, jetteront les mauvais dans la f...

Investissements

Mercredi, 17° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 44-46) Ou encore ! Ça n'arrête pas ! Les paraboles sur le Royaume se télescopent les unes les autres jusqu'au tournis. Pas moyen de l'arraisonner, ce Royaume, d'en délimiter les contours exacts : il s'agit juste de le pressentir, d'en approcher la beauté. De s'y familiariser, d'y prendre goût, d'en avoir le désir. Le Royaume de Dieu n'est pas une énigme, mais un mystère, c'est-à dire une réalité dans l'intelligence de laquelle il s'agit d'entrer, (et c'est possible !), sans jamais en épuiser la profondeur. Deux petites paraboles jumelles ce matin pour parler d'investissement ! Wall Street en Galilée ! Un Jésus trader, bon consultant en placements rentables : c'est qu'il y a des bons coups à faire ! Vendre tout ce qu'on possède , ce qui n'est pas rien, et miser sur la perle unique tout juste tro...

Marthe, Marthe…

Mardi, 17° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 10, 38-42) Marthe et Marie, deux noms familiers pour les championnes d'un éternel débat. Action ou contemplation ? Au fil des relectures, on penche tantôt pour l'une, tantôt pour l'autre. On s'émerveille de Marie, assise aux pieds du Seigneur, disciple placée sous la Parole, comme pour mieux la laisser cascader sur elle. Une place rare pour les femmes à l'époque ! Elle a la meilleure part, Jésus le dit. On peut trouver aussi qu'elle a le beau rôle. On vole alors au secours de Marthe. Une femme sympathique, cette Marthe ; on devine la râleuse au grand cœur. Son humanité nous est proche. Bien sûr, elle se laisse accaparer par les occupations du service. Mais elle « assure », comme on dirait aujourd'hui, et toute seule. Jésus choisit-il ? Certes, il reprend Marthe, mais l'évangile ne dit pas ce qu'il a pu dire aussi à Marie. Il n'ignore p...

Comparable à

Lundi, 17° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 31-35) Comment bien parler du Royaume des cieux aux hommes ? Comment les faire approcher d'un si grand mystère ? Jésus ne se décourage pas devant notre petitesse, ni devant les limites de notre pauvre entendement. Le Verbe s'est fait chair : parler en parabole, infatigablement, n'est pas qu'un usage rabbinique du temps. C'est aussi l'effet de l'incarnation du Christ, et une manifestation de l'amour miséricordieux de Dieu. Il vient tout juste de proposer la parabole du bon grain et de l'ivraie. Mais ce n'est pas assez. Son cœur déborde encore du trop-plein de tout ce qu'il veut nous partager. Jésus décidément croit en nous, et ne compte ni ses mots ni ses images. Elles sont d'une grande beauté, les deux paraboles de la graine de moutarde et du levain dans la farine. Plus belle encore que leur

Jusqu’à la moisson

Samedi, 17ème semaine du temps ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 24-30) Une parabole bien déroutante, dont Jacques Maritain disait qu’elle serait la parabole des derniers temps, éclairant toute sa philosophie de l’Histoire. Elle prend à rebrousse-poil notre zèle de bons disciples, et notre ardeur à procéder toujours à des soustractions purificatrices, rassurantes pour nous mais peut-être étrangères à la mystérieuse croissance du Royaume. L’ivraie, veux-tu que nous allions l’enlever , déclarent ardemment les apôtres ! Mais Jésus déboute leur énergie nettoyeuse : c’est que Dieu, là est son mystère, ne procède guère par voie d’arrachement ni de soustraction, mais plutôt par mode de conversion et d’assomption. C’est qu’il faut attendre. Attendre encore. Bien sûr que Dieu est prudent et pragmatique : en voulant bien faire, en enlevant l’ivraie, on risque d’arracher le blé. Mais plus profondément, et selon des lois qui sont ...

Vous ne savez pas ce que vous demandez

Vendredi, 16ème semaine du temps ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 20, 20-28) Sait-on jamais ce qu’on dit quand on le dit ? Mesure-t-on toujours ce que signifient vraiment nos paroles, qui en savent parfois mystérieusement plus long que nous sur ce à quoi elles engagent. Il en sera ainsi un jour de Ponce Pilate, quand les juifs viendront déplorer qu’il ait écrit « INRI », Jésus de Nazareth Roi des Juifs , au-dessus du Christ en croix, sans être assez explicite sur l’ironie d’un titre dont il aurait fallu justement montrer l’imposture. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit » leur dira-t-il. Pas seulement une fin de non-recevoir désinvolte ! Ce que j’ai écrit, sans bien savoir ce que j’écrivais, oui, je l’ai écrit. Ma parole était comme en avance sur moi. Je persiste donc, et signe. De fait, je l’ai écrit. Ainsi de Jacques et Jean, magnifiques de vaillance juvénile et d’allant imprudent ! Dans le sillage de la requête mat...

Voir et entendre

Jeudi, 16ème semaine du temps ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 10-17) « Beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu. » L’affirmation a dû alors être un peu troublante pour les disciples, qui ne savaient pas encore exactement qui était Jésus. Comment comprirent-ils ces paroles ? S’agissait-il seulement de bien voir les miracles que Jésus accomplissait sous leurs yeux, d’entendre la justesse stupéfiante de ses paroles et sa façon unique d’éclairer les Écritures ? Jusqu’où pouvaient-ils en effet deviner qu’à ce moment-là, c’est Dieu lui-même qu’ils voyaient, c’est Dieu lui-même qu’ils écoutaient, en direct ; que c’est à lui qu’ils parlaient et avec lui qu’ils partageaient l’ordinaire des jours, à hauteur d’homme, dans un bouleversant et incroyable compagnonnage humain jusqu’où Dieu n’avait pas craint de descendre. Ou...

Le semeur fou

Mercredi, 16ème semaine du temps ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 13, 1-9) Toute parabole est exigeante. Il ne s’agit pas de se laisser porter par le seul charme d’une histoire. Elle a une pointe, un sens caché qu’il s’agit de bien comprendre, de bien entendre. Elle s’adresse moins à l’imagination qu’aux oreilles, organe spirituel majeur dont il n’est pas sûr, contrairement à ce que laisse croire la nature, que nous en soyons tous suffisamment dotés : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende » ! Est-ce à dire que la parabole est une façon agréable de nous faire la leçon en contrebande ? Ainsi de la parabole du semeur, dont la morale est assez explicite sur les dons de la grâce, les effets de la parole de Dieu. Trois cas de figure bien clairs : un sol pierreux, des ronces, de la bonne terre. Un résultat imparable, et une invitation à l’auditeur qui a de bonnes oreilles à être somme toute comme une bonne terre, plutôt...

Le prenant pour le jardinier

Mardi, 16ème semaine du temps ordinaire (année impaire) Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 20, 1.11-18) Le christianisme n’est pas d’abord une morale, ni un embourgeoisement de la foi, propre à mettre en avant les dames patronnesses qui font l’aumône. La vraie foi rayonne dans la chair, quand bien même celle-ci se serait d’abord perdue dans la prostitution. En Dieu, la virginité n’est pas d’abord ce qu’on perd, mais ce à quoi on est promis et vers quoi on monte. Rahab déjà, la putain de Jéricho, sera la mère de Booz et entrera dans la lignée des matriarches qui feront la généalogie du Christ. Jésus le déclare clairement dans l’Évangile de Matthieu (21, 31) : « les prostituées entrent avant vous dans le royaume de Dieu ». Est-il si étonnant qu’il réserve à Madeleine la première de ses apparitions de Ressuscité ? On connaît la méprise au petit matin. Elle le prend pour le gardien, ou le jardinier. Comme si remontait à la mémoire, par son erreur, l’ép...

Mystérieuse reine de Saba

Lundi, 15° semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 12, 38-42) Faut-il croire que la Reine de Saba est gardée en réserve pour nous condamner au jour du Jugement ? Va-t-elle se lever, telle une Érinye grecque, pour jeter sur nous des paroles de malédiction ? Ce qui nous condamnera, en vérité, c’est simplement la comparaison. Car quand elle se lèvera, on verra la beauté de l’Étrangère, venue un jour de l’extrémité du monde pour écouter la sagesse de Salomon. Parure d’éternité, la splendeur de son attention au mystère de Dieu la revêtira. Comme la fiancée du Cantique des Cantiques , elle resplendira de la figure de l’Église-Épouse. Sait-on jamais où est l’Église, dans son profond mystère ? L’Église, pas tant dans son personnel que sa personne… Au jour de le Justice, on aura peut-être des surprises ! Nous qui croyons être de la maison royale, avouons que nous risquons de nous sentir un peu

Il se retira de là

Samedi, 15° semaine du Temps ordinaire Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 12, 14-21) La conspiration se met en place, et la résolution malveillante des pharisiens s’organise. Il commence à être très sérieusement question de le faire périr. Alors, curieusement, Jésus déserte le front. Sa réaction peut étonner : il se retira de là . Est-ce bien courageux de prendre ainsi discrètement la tangente ? Bien sûr que Jésus n’est pas batailleur ! Il ne cherche pas à nourrir la querelle, à entrer en affrontement, ni même à se défendre ou plaider sa cause. Il se retira de là . Mais ce geste est sans doute bien davantage qu’un repli stratégique, plutôt une mystérieuse et nécessaire « retraite ». De là , en effet, il a préféré partir. De là : quels sont donc ces lieux où l’on est parfois tenté de s’acharner, d’y ferrailler encore, de ne pas lâcher la partie ? Ces lieux-là dont Jésus par son geste nous indique qu’ils ne sont pas de bonne guerre, qu’il est préférable ...

Il y a ici plus grand que le Temple

Vendredi, 15° semaine du Temps ordinaire Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 12, 1-8) Les Pharisiens ont mauvaise presse. À notre époque pourtant où, selon la formule, « on ne respecte plus rien », on pourrait trouver belle leur attitude faite d’exigence. Ils s’emploient simplement au maintien de quelques règles essentielles. On ne fait pas n’importe quoi, surtout un jour de sabbat : telle est leur intime conviction. Les Pharisiens ne sont pas les censeurs psycho-rigides que l’on croit (Jésus, lui, ne le croit pas et se sent très proche d’eux) mais des sages d’Israël, profonds, religieux. De vrais chercheurs de Dieu.

Doux et humble de cœur

Jeudi, 15° semaine du Temps ordinaire Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 28-30) L’esprit ferme et le cœur doux, une devise chère au philosophe Maritain, déplorant que le monde moderne n’en ait plutôt inversé les termes : le cœur dur, bien souvent, et l’esprit doux, pour ne pas dire mou… Se méfiant de l’affectif, certains déclarent volontiers que le cœur n’existe pas, qu’il n’est qu’une pompe. Sans doute redoutent-ils la part effusive d’un cœur que les romantiques ont sans doute sentimentalisé à l’excès ! Qu’est-ce donc que le cœur si souvent évoqué dans la Bible ? Le mot avait dans l’ancienne langue française un sens plus tonique : Rodrigue, as-tu du cœur ? Pas le siège de l’état amoureux, mais une ardeur vitale à désensabler davantage du côté du courage et de la vaillance que du sentiment.

Personne ne connaît…

Mercredi, 15° semaine du Temps ordinaire Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 25-27) Tous les mots comptent ! Et il s’agit de bien lire, c’est-à-dire de lire jusqu’au bout ! Le tout début de la révélation de la communion trinitaire est ici intense : personne ne connaît le Fils, sinon le Père. Et personne ne connaît le Père, sinon le Fils. De quoi décourager des générations de théologiens ! Peine perdue ? Une intimité insondable, dans laquelle on ne parviendra jamais à entrer vraiment ! Et c’est vrai que cette communion-là est un très grand mystère. Il y a tant de profondeur d’amour entre eux que nous ne verrons cela qu’au Ciel ! Que faisait le Père, quand sur la Croix le Fils donnait sa vie ? Comment le Fils a -t-il connu le Père, quand il a touché l’extrême de la souffrance ? Comment le Père a-t-il, en acte, connu le Fils au sommet du don qu’il a fait de lui-même ? On fait des hypothèses ! On cherche des indices…Est-on d’ailleurs assez attentif a...

Corazine, Bethsaïde et Capharnaüm

Mardi, 15° semaine du Temps ordinaire Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu (Mt 11, 20-24) Malheureuses villes que Corazine, Bethsaïde ou Capharnaüm ! Elle est émouvante, cette colère géographique de Jésus. Non pas qu’il aime à brandir des menaces ou se plaise à proférer des malédictions : il prend simplement au sérieux la liberté des communautés humaines, la responsabilité authentique des cités dans lesquelles nos vies s’inscrivent. Le salut individuel des habitants n’est pas en cause. Mais, dans tous les calendriers de l’histoire humaine, il est en effet des lieux où se concentre mystérieusement le mal : des lieux où l’argent dérègle tout jusqu’à l’indécence, où l’avidité aux plaisirs se déploie sans aucune mesure, au détriment d’hommes et de femmes, parfois d’enfants, qui en sont les proies ou les victimes.

Séparer

Lundi, 15° semaine du Temps ordinaire Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu Mt 10, 34 – 11, 1 Bien curieuse, cette annonce de la séparation, au sein même des familles. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère, déclare ainsi Jésus. Au sens premier, bien sûr, il arrivera que des familles se diviseront violemment, consécutivement à la conversion de l’un de ses membres. Jésus n’est pas consensuel, et toutes les familles, selon des degrés différents de tension, en font souvent l’expérience. Mais cette séparation intra-familiale qu’annonce Jésus n’est pas qu’une conséquence fâcheuse d’une communion impossible autour de lui. La séparation ! Bien plus profondément : comme une nécessité ontologique, originelle, très liée au mystère même de la personne. Dieu a créé le monde en séparant ! Chaque être est donc unique, son aventure humaine est singulière, sa vie théologale n’appartient qu’à lui. Dieu, s’il bé...

Les cheveux de notre tête !

Samedi, 14ème semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 24-33) Même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Une image capillaire assez insolite, propre à faire pâlir les meilleurs coiffeurs et méditer les chauves en puissance. Touchante en vérité. Pas que Dieu nous menace de ne rien laisser passer dans nos vies. Pas tellement qu’il nous demandera des comptes, le moment venu, au cheveu près. Pas qu’il se dissimule finalement dans toute chose, la plus infinitésimale, qu’il est derrière la chute ou la poussée du moindre de nos cheveux, comme le Dieu puisant d’autres cultures religieuses, qui régit directement le monde aussi bien dans les causes secondes que dans les causes premières, excluant ainsi toute liberté véritable et tout ordre propre à la création. Même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Bien plutôt comme une infinie sollicitude. Dans nos vies, tant de choses sont perdues. On perd notre temps, nos...

Serpent-colombe

Vendredi, 14ème semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 16-23) Jésus ne trompe pas son monde. Il est on ne peut plus clair sur les affres possibles de la vie de disciple. Rien de vraiment séduisant : des procès iniques, des brouilles familiales, des coups en tout genre, des trahisons, ce qui est au fond l’ordinaire des vies humaines, mais tout cela, prévient-il, à cause de mon nom . Il va plus loin et avertit même des persécutions probables. Petites ou grandes, de fait, l’histoire depuis deux mille ans lui a plutôt donné raison. On peut donc hésiter à signer, ou avoir un peu peur de s’engager. Pourtant, tout aussi radicale est sa promesse d’assistance décisive en cas de problème. Grâce à l’Esprit du Père qui ne fera jamais défaut, il tient à écarter en nous les tourments. C’est promis, nous ne serons jamais seuls. Il faudra juste tenir la fidélité. Nous voilà, en un sens, rassurés. Ce qui reste pourtant difficil...

Qu’est-ce donc que secouer la poussière de nos pieds ?

Jeudi, 14ème semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 7-15) Le vade-mecum proposé aux disciples peut surprendre une sensibilité moderne : Si l’on ne vous accueille pas et si l’on n’écoute pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds. Face à l’indisponibilité des hôtes, la méthode proposée est sans appel. N’aurait-il pas fallu insister, se faire plus persuasif ? A l’âge démocratique, on croit aux vertus du débat : n’y avait-il pas moyen de discuter quand même, juste avant d’abandonner la partie ? Essayer au moins quelques techniques d’évangélisation plus « branchées » ? Prendre un peu patience, donner une seconde chance. Quant à secouer la poussière de nos pieds, comme d’autres s’en lavent les mains, cela ressemble à du dépit, ou à une indifférence vaguement désabusée, finalement peu charitable. Sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pie...

Faire l’appel

Mercredi, 14ème semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 10, 1-7) Quelques lignes d’Évangile pour faire l’appel, et repasser le nom précis, l’origine ou la situation exacte des douze apôtres. Bien sûr, il s’agit pour Matthieu d’attester la véracité d’une aventure exceptionnelle, de faire comparaître à la barre du témoignage des compagnons bien réels. Des hommes ordinaires, mais dignes de foi, assez divers et ancrés dans la vie de leur temps pour que la citation de leur seul nom sonne comme un gage de fiabilité. Douze témoins à la barre donc, pour attester de l’incroyable révélation qui va changer le monde. Douze ambassadeurs aussi, qui inaugurent ici, pour toute l’histoire humaine, la foule innombrable de ceux qui suivront Jésus. De cette immense cohorte des compagnons à venir, ils présentent alors le tout premier visage, déployant devant Dieu ce bel échantillon de nos diversités humaines. Dans l’appel originel, on décompt...

Récolter

Mardi, 14ème semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 9, 32-38) La moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux. La formule de Jésus est devenue presque proverbiale. En gros, on voit bien… Toujours plus de travail que de mains pour l’accomplir. Un constat réaliste qui est vrai de tous les calendriers, et de bien des situations. Aujourd’hui, plus que jamais d’ailleurs, on manque d’infirmières, de professeurs, de cuisiniers dans les restaurants… Du boulot partout, mais pas assez de bras, ni de cœur à l’ouvrage. Soit. Mais quoi de très spécifiquement évangélique ? De cette vérité très générale, s’agit-il juste d’en faire une application spécifique au domaine religieux ? A l’évidence, cette phrase peut servir légitimement d’appui aux prières pour les vocations : comme d’infirmières, ou d’instituteurs, et vu les besoins spirituels, on manque aussi de prêtres, de diacres, de religieux, de consacrés, de baptisés… Pourtant l’im...

Et voici que …

Lundi, 14ème semaine du Temps Ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 9, 18-26) Et voici que... Petite interjection de début de phrase pour mieux amener et faire passer ce qui va suivre. Combien de « voilà » et de « voici » sont ainsi arrivés jusqu’au Christ, comme une vague à un rivage. En écho à ces petits dérangements au fil des chemins, combien de rencontres imprévues, insérées dans l’ Évangile . Matthieu s’apprêtait-il à entrer un peu plus précisément dans ce que Jésus disait à ses disciples ? Voilà précisément que le maître vient juste d’être interrompu. Il faut donc rapporter aussi ces moments où un importun, une fois de plus, est venu le déranger. « Tandis que Jésus leur parlait ainsi, voilà qu’un chef s’approcha…Et voici qu’une femme souffrant d’hémorragie s’approcha. » Ça n’arrête jamais !

Présent à Dieu

Samedi, 13e semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 9, 14-17) Concurrence entre disciples ? D’un côté, ceux de Jean-Baptiste, ardents à la pénitence, qui veulent faire du jeûne, à l’instar des pharisiens les plus exigeants, un exercice spirituel majeur, une occasion de se sanctifier. De l’autre, ceux de Jésus qui abandonnent apparemment la pratique du jeûne, et finissent par paraître un peu laxistes. En réponse, Jésus demande une totale disponibilité et une franche liberté pour la nouveauté. L’image de l’étoffe et des outres vient confirmer la nécessité de s’affranchir assez radicalement de l’ordre ancien. Est-ce à dire qu’il ne faudra plus jamais jeûner ? Faut-il admettre que les usages religieux anciens sont tous caducs, désuets ? La réponse est plus nuancée :

Besoin du médecin

Vendredi, 13e semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 9, 9-13) L’idée est fortement inscrite en l’homme, comme un réflexe. Dieu ? D’abord et avant tout, un juge. Beaucoup de religions lui donnent spontanément ce visage, le revêtent de ce qui semble l’attribut majeur et universel de la divinité. La culpabilité et son insidieux travail en nous entretiennent la menace du Père Fouettard. « Ni Dieu ni Maître » a-t-on alors proclamé naguère, comme un cri de libération, en faisant évidemment du judéo-christianisme le responsable historique de la culpabilité, sans reconnaître qu’elle n’est pas son invention, sans comprendre que le Christ est justement venu pour nous en relever, et faire du pardon l’issue. On s’est débarrassé de la faute et du péché. On a évacué Dieu… mais pas la

Saint Thomas

Jeudi, 13e semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 20, 24-29) Symbole du doute, éternel « jumeau » de toutes les paresses à croire, saint Thomas a souvent donné alibi à la tiédeur de nos incrédulités. « Oh, moi, je suis comme saint Thomas, je ne crois que ce que je vois ... ». La phrase nous est familière. Des remontées de positivisme se donnent vite bonne conscience en se réfugiant derrière la figure de celui qui, en vérité, fut peut-être le plus vigoureux des Apôtres. Car saint Thomas n’a rien d’un sceptique mou. C’est un homme courageux, fougueux même, capable de toutes les audaces et imprudences pour suivre Jésus. En Jean (11-16) on le voit prêt à mourir avec son seigneur, à qui il demande le chemin pour le suivre. Tant pis s’il ne comprend pas tout ! En tout cas, il répond à l’appel comme personne. S’il n’a pas bénéficié ainsi que les autres apôtres de la première visite du Ressuscité, c’est probablement qu’il avai...

Jésus et les démons

Mercredi, 13e semaine du temps ordinaire Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 8, 28-34) Une scène qui déroute notre modernité… Ces deux possédés, qui sortent d’entre les tombes, sont d’emblée assez agressifs. Jésus n’a encore rien dit que sa seule présence leur est insupportable. Mais qui parle en eux ? C’est vrai que, mystère insondable du mal, l’innocence et l’amour ont capacité à tourmenter ceux qui se sont donnés corps et âme à lui. L’Amour est devant eux : c’est pour eux comme une brûlure alors, jamais un baume, ni une espérance. Comment comprendre la supplication en eux des démons, déroutante à première lecture ? C’est comme si, vaincus pas la Bonté incarnée face à eux, totalement affolés et impuissants, ils cherchaient d’urgence une issue ? Comme s’il leur fallait s’échapper. Mais quelle autre issue à l’esprit du mal que d’aller se perdre encore plus, s’avilir dans le bestial et, en se jetant dans la mer de toutes les confusions et des tourmen...